Sabre du mal [Le] de Kihachi Okamoto

Le sabre du mal commence là où s’achevait Samouraï, dans la dernière ligne droite rapprochant le Japon de son tournant irrévocable vers l’Occident. Ryunosuke, samouraï sans états d’âme au calme reptilien est l’incarnation de cette époque troublée et de ses pertes de valeurs, qui va mener le Japon vers la folie et l’enfer de la guerre civile.

A l’origine, on pense à une banale histoire de vengeance d’un homme valeureux cherchant à abattre celui qui a assassiné son frère. Mais étonnament, c’est Ryunosuke, le meurtrier, interprété magnifiquement par Tatsuya Nakadai, qui tire toute la couverture de l’intrigue à lui. Même l’immense Toshiro Mifune, et malgré une magnifique scène nocturne de combat au sabre qui l’oppose à une vingtaine d’assaillants tandis que la neige tombe drue, pour ne laisser que Ryunosuke, dont la présence se fait de plus en plus spectrale et effacée du reste du monde. Jusqu’à en dépasser les frontières et abandonner son statut d’humain, voire de démon, pour devenir l’allégorie de l’Histoire, tout d’abord combattant les fantômes du passé, puis écrasant sans remords les opposants à son évolution avec une force inexorable. L’Histoire mise en marche, nul ne peut l’arrêter, quitte à ce que le monde devienne l’enfer sur terre, et c’est époustouflé que l’on assiste à ce spectacle sauvage d’une intelligence écrasante.

Acteurs : Tatsuya Nakadai, Yuzo Kayama, Michiyo Aratama

Éditeur :

Pays : Japon

Guillaume Tauveron