Puroresu, la folie du catch

Les Japonais ont la réputation d’être des gens sérieux et froids, restant impassibles même face à la mort. Pour le citoyen lambda, on ne rigole pas du tout au Japon. Pourtant c’est bien ce peuple discipliné qui se délecte des manga les plus déjantés, s’amuse à en imiter les personnages dans les cosplays, s’éclate au concert de rock visuel à la Kiss, et se passionne pour l’art martial le moins sérieux de tout l’Extrême Orient…

Le catch japonais, appelé Puroresu, peut être considéré comme le “père” du catch moderne. C’est au Japon que les arts martiaux ont été introduits dans une discipline dérivée de la lutte et qui en conservait l’essentiel des techniques. C’est au Japon que l’on a vu les premières manoeuvres aériennes (chassés, ciseaux de tête volants et Moonsault).
C’est ici que les catcheurs entraient au son de leur propre musique, ici aussi que les fans ont commencé à dérouler banderoles et calicots pour soutenir leurs favoris. Ici que les combats sont devenus rapides, spectaculaires et intenses (grâce aux comptes de “deux-trois quarts”).
On y a vu également les premiers combats “à thèmes” : combat de l’alligator (où le perdant doit catcher contre un saurien), du piranha ou du serpent (le perdant met la tête dans un bocal contenant la bestiole). Et puis les combats “Hardcore” avec des réchauds électriques cernant le ring ou des barbelés en guise de cordes !
Importé aux USA, via le Mexique, par le légendaire Mil Mascaras (Aaron Rodriguez), le Puroresu a accueilli bon nombre de futures vedettes venues y faire leurs premières armes : Mick Foley, le roi des matchs Hardcore ; Tori (Terri Powers là-bas) ; Ken Shamrock ; plus les stars locales comme Taka Michinoku et ses copains de Kaientai, qui ont traversé le Pacifique dans l’autre sens.
Tous vantent les qualités de leurs collègues japonais.
Shamrock, champion de Pancrace, trois fois vainqueur de SuperFights et catcheur à l’occasion, raconte, dans son livre “Free Fight”, avoir perfectionné sa technique au Japon, durant des tournois de Shoot Fightings (également simulés mais sans les débordements du catch), avant de se lancer dans le combat libre.
Si la victoire du catcheur Antonio Inoki sur Mohamed Ali en 1976 est toujours controversée, celle de Kazushi Sakuraba, obtenue contre Royce Gracie après 1h30 de combat durant le récent “Pride G.P.” de Tokyo, illustre bien le niveau des athlètes nippons. Farceur, Sakuraba est arrivé jusqu’au ring masqué à la façon des catcheurs mexicains.
Un niveau indispensable pour se produire devant le public le plus exigeant du monde. Et s’ils font du bruit entre les combats, les fans japonais restent étrangement silencieux durant l’action. Hormis à certains moments, comme Chris Jericho le confiait récemment au magazine Raw : “Quand, durant un match, quelqu’un, moi la plupart du temps, commettait une erreur, je les entendais commencer à rigoler.”
Tori se souvient du challenge à relever chaque jour, du fait de l’exigence des fans et de la densité de concurrence. L’ambiance dans les vestiaires était très sérieuse, pour des raisons similaires : “Ici (Nda : aux USA), les meilleurs sont ceux qui ont la même éthique de travail qu’au Japon”.
L’une des raisons de la qualité du spectacle proposé se trouve aussi dans le gabarit des catcheurs nippons. De taille relativement modeste ils sont rapides et agiles, ce qui associé à leur technique permet de réaliser des combats rapides, spectaculaires et réalistes.
Par ricochet, la taille des vedettes US a suivi la courbe descendante ces dernières années. Les lutteurs de plus de 2 mètres et 110 kg qui étaient la norme jusqu’au milieu des années 90, sont devenus des exceptions. Les nouveaux venus, formés au Japon ou non, oscillent entre 1.85 (Jericho) et 1.75 (Hardy’z Boys), des mensurations impensables il y a 5 ans.
Des prouesses athlétiques, des fans cultivés et exigeants et un sens du spectacle souvent démesuré et dépassant, parfois, les limites du bon goût, ce sont les ingrédients cultivés par des générations de lutteurs et qui sont devenus la norme partout dans le monde.
Avec pour origine un archipel vu par beaucoup comme étant sérieux, fermé et traditionaliste…

Pays : Japon

Shawn Vansen