Minigatari est un mot valise inventé par la jeune autrice mexicaine Daniela Martin del Campo. L’assemblage du japonais monogatari : conte, récit et du préfixe mini donne une bonne idée de cet album. Une série de petits récits, comme autant de chapitres centrés sur la signification d’un mot, évoque sa découverte approfondie du pays du soleil levant. Daniela se raconte et plus particulièrement son voyage de 3 mois « d’étude sur la langue ». Elle fait ainsi du langage une porte d’entrée très personnelle vers cette culture qu’elle adore depuis l’adolescence. C’est une otaku qui « a réalisé son rêve d’otaku » en quelque sorte !
Elle débarque ainsi à Osaka pour faire un mois de bénévolat en échange d’un hébergement dans une chambre d’hôtes. Elle y découvre ainsi la peur irrépressible des Japonais pour les gaijin comme elle. Mais elle disparaît vite autour d’un bon takoyaki typique du Kansai et de quelques bières. Car Daniela est très gourmande ! « Pour moi, la nourriture est la meilleure manière de découvrir une culture » dit-elle.
Grâce à un atelier de maki-e, elle se rend compte que les objets sont ikimono et est fascinée par le gardien des tombes, la plus célèbre des sculptures de Fumio Asakura. Elle pourrait même tomber amoureuse de Jun, ce jeune artiste nippon, lui-même amoureux de la culture mexicaine dans un goen polysémique à souhait.
Mais c’est sans compter le passager clandestin qui s’est invité dans les bagages de Daniela et qui lui gâche de plus en plus souvent ses expériences de voyage. Parviendra-t-elle à surmonter ses idées noires comme les kurofune du XIXè siècle ?
L’idée première de l’album était des plus réjouissantes. Le langage est bien le reflet d’une culture et il pouvait nourrir toute l’œuvre de quiproquos amusants et d’analyses linguistiques lumineuses. Pourquoi l’assombrir d’un tourbillon noir et suicidaire qui gâche le plaisir du lecteur et perd le propos original de ces minigatari.
Le dessin très bigarré est d’inspirations multiples. Très dense et dynamique, il mélange la pop japonaise et les arts visuels latinos. Tanukis, Kitty San et daruma côtoient les crânes de la fête des morts dans un joyeux maelström.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Minigatari de Daniela Martin del Campo, format 17 X24 cm, 224 pages, 25,95 €, éd. Casterman. En librairie le 26 août 2026.

