De Senses (1) à Le Mal n’existe pas en passant par Drive my Car (2), Ryusuke Hamaguchi nous a habitué à ses films hors normes. Avec ses plus de 3 heures aux discussions à bâtons rompus en français et en japonais, Soudain ne déroge pas à la filmographie prolifique de ce descendant naturel d’Eric Rohmer.
Marie-Lou est directrice d’EPHAD et prend son métier très à cœur. Malgré les difficultés budgétaires, le manque chronique de personnel, de moyens et autres tracas administratifs, elle est persuadée qu’un nouveau mode d’approche et de soin des résidents est bénéfique. Elle se bat donc pour faire entrer l’Humanitude, fondée sur l’empathie et la bienveillance, une sorte de bientraitance, dans son établissement.
Elle rencontre fortuitement Mari une jeune metteuse en scène japonaise. Et sa pièce de théâtre résonne fortement avec ses préoccupations. La rencontre est féconde entre ces deux esprits. Elle vient à point nommé dans la vie de chacune. Et de là, les conversations de haut vol sur des sujets personnels mais aussi généraux s’enchaînent au gré des promenades. Des bords de Seine aux collines de Kyoto, chacune veut tout savoir de l’autre. D’autant que le temps leur est compté car Mari est en phase terminale du cancer qui la ronge.
Ryusuke Hamaguchi s’est inspiré de la correspondance de 2 intellectuelles japonaises, mais en a travesti les métiers et les noms. Son film est fourmillant. Abordant le thème de la fin de vie et de la mort, il est paradoxalement très vivant, joyeux et intense. D’une discussion nocturne et austère sur les mécanismes du capitalisme autodestructeur aux ateliers de massages de pieds, de la mise en situation de l’Humanitude aux fientes de pigeons farceurs, le film épouse les aléas de la vie.
Le cinéaste prend le temps, le spectateur aussi. Et à l’image du risque de la station debout pour les résidents de l’EPHAD, il met en scène celui de la vie même, qui lui donne tout son sens.
Le double prix d’interprétation féminine pour Virginie Efira et Tao Okamoto au dernier festival de Cannes est amplement mérité. Notons aussi l’impressionnante interprétation du jeune Kodai Kurosaki en adolescent autiste qui amène un joyeux désordre à chacune de ses soudaines apparitions.
Magnifique d’humanité !
En ce moment sur les écrans, le film est notamment au programme du Ciné Mourguet de Sainte Foy lès Lyon jusqu’au 25 août.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Le film est de 2015, mais il n’est sorti à Lyon qu’en 2018. Lire notre chronique https://asiexpo.fr/senses-de-ryusuke-hamaguchi-sort-en-salle/
(2) Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/drive-my-car-de-ryusuke-hamaguchi-sort-en-dvd-et-blu-ray/

