Loft sort sur les écrans cette semaine, lisez l’interview de Kiyoshi Kurosawa

A l’occasion de la sortie sur nos écrans de Loft le 3 janvier 2007, le festival du cinéma japonais numérique Kinotayo accueillait Kiyoshi Kurosawa au Comoedia de Lyon.

Comment est né ce projet ?
Le projet est né à l’initiative du producteur coréen Jason Chae. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises lors de festivals et nous avons fini par envisager de travailler ensemble. Il m’a laissé carte blanche, à condition que ce soit un film avec des éléments horrifiques. Du coup, je me suis un peu lâché et le résultat peut paraître un peu confus mais j’espère que le public saura déchiffrer ce que j’ai voulu dire.

Est-ce que votre film est soumis à une influence hitchcockienne ?
Clairement, mais ce n’était pas mon intention première. On m’a commandé un film d’horreur mais je souhaitais plutôt tourner une histoire d’amour. J’avais envie de réunir ces deux genres à ma manière. Je voulais explorer un sentiment à la fois mêlé de peur et d’amour. Ce n’est pas quelque chose que l’on doit éprouver très souvent au cours d’une vie. On aurait même tendance à fuir un tel sentiment.
En voyant mon film achevé, je me suis rendu compte que celui-ci ressemblait à un film de Hitchcock. Je respecte beaucoup ce réalisateur. Je n’ai jamais tenté de l’imiter consciemment ; cela vient donc plutôt de mon subconscient.


Vous disiez avoir entrepris pas mal de coupures dans le scénario, pourquoi ?
Juste avant le tournage, lorsque je me suis rendu compte que le scénario était trop long, je l’ai élagué bien plus qu’habituellement. Puis, j’ai coupé au montage.
La première des raisons est la durée du film : la tradition actuelle demande de réduire son film à une centaine de minutes. Je ne sais pas si vous avez une explication à ce phénomène, mais je ne sais pas qui – il y a cent ans – a décidé que la durée parfaite d’un film se situerait entre 90 et 120 minutes. Du coup, j’essaye de m’adapter et de plaire à tout public en réduisant mes films à près de 100 minutes.
Plus sérieusement, de plus en plus de films américains dépassent les 2 heures ; quand je les regarde, je pense qu’on pourrait allégrement en couper une demi-heure. Ce n’est pas tant le nombre de scènes qui augmente, mais plutôt la quantité d’explications. Les films hollywoodiens s’exportant dans plus en plus de pays, ont besoin d’expliquer de plus en plus. En comparaison avec ces films, je pense qu’une durée de cent minutes est une durée parfaite.

Vous a-t-on déjà proposé de réaliser des remakes de vos films aux Etats-Unis ?
On m’a approché plusieurs fois pour signer des remakes de mes propres films. Je suis très heureux quand des gens d’Hollywood prennent contact avec moi pour me proposer des projets. En revanche, je ne vois pas très bien l’intérêt de refaire ses propres films – du moins, cela ne m’intéresse pas vraiment.

Quels sont vos futurs projets ?
Je viens tout juste de terminer mon dernier film. Je viens de le présenter à Venise, le mixage du son n’était pas encore fini. Je l’ai vraiment terminé il y a deux semaines.
J’espère que ce sera mon dernier film d’horreur. C’est un film encore plus confus que “Loft”, d’autres disent le contraire. Le thème principal est encore un fantôme, c’est la relation entre un fantôme et les gens réels qui l’entourent. J’ai beaucoup réfléchi à ce sujet, même si ce film allait forcément être confus.
Je viens tout juste de le terminer, je ne puis donc en parler davantage. Je ne sais pas quoi en penser. Quand on vient d’achever un film, il est vraiment difficile de l’expliquer avec des mots. C’est avec le temps, avec des questions comme aujourd’hui, qu’on peut comprendre. C’est donc très important pour moi que vous posiez toutes ces questions. C’est pourquoi aujourd’hui il est vraiment trop tôt pour parler de ce film.
Pendant le tournage du film, on croit le comprendre par les émotions qu’il transmet, mais, une fois fini, on n’arrive pas à l’expliquer. J’aimerais donc vous remercier pour votre compréhension et vos questions. Grâce à vous, lors des prochaines interviews, je saurai quelles réponses donner.

Propos recueillis lors de la conférence de presse pour le film ” Loft “, présenté en avant-première à l’occasion du festival du cinéma japonais Kinotayo, le mercredi 22 novembre 2006 au Cinéma Comoedia (Lyon).

photos: copyright Nicolas Dartiailh 2006

Pays : Japon

Bastian Meiresonne