Interview de Wong Ching-po, un hongkongais indépendant dans le système commercial

Invité pour une rétrospective au festival Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon en novembre 2005, nous avons retrouvé ce jeune talent à Hong Kong, alors qu’il préparait son prochain film.

Que s’est-il passé depuis notre dernière rencontre au festival asiatique de Lyon ?
J’ai tout d’abord fait un très, très long somme, puis je me suis repu pour reprendre des forces. Plus sérieusement, je me suis mis à l’écriture d’un nouveau scénario.

Vos parents travaillaient dans le milieu artistique, cela a-t-il influencé votre carrière ?
Trois mois avant ma naissance, ma mère entamait ses dernières représentations comme cantatrice. Plus tard, j’ai voulu voir où ma mère s’était produite. Lorsque j’ai vu la scène, j’ai immédiatement compris que j’étais à ma place et que c’était le monde auquel je devais appartenir.



Ne pensez-vous pas que dans l’actuel état de morosité cinématographique, ce soit le bon moment de proposer de la nouveauté au public hongkongais ?
Difficile de dire quand sont les bons et les mauvais temps… Lorsque nous avons démarré il y a trois ans, nous pensions déjà avoir atteint le “fond”…(rires).
La cinématographie hongkongaise semble ne pas tirer des leçons de ses échecs passés ; les producteurs s’obstinent à réitérer les formules à succès éprouvés, qui ne fonctionnent tout simplement plus de nos jours… Je ne suis pas très optimiste quant à l’avenir… Les décisionnaires ne devraient pas se voiler la face : le marché local est un désastre et il faut trouver de nouvelles formules pour aller de l’avant. Les temps changent et les maisons de production doivent s’adapter à cette évolution.
Quand j’ai fait l’école des Arts, l’environnement était différent; les élèves avaient envie de créer et de tenter de nouvelles choses. Aujourd’hui, les producteurs confient des projets tout cuits aux jeunes réalisateurs sans leur accorder la moindre liberté. Il faut absolument inverser cette tendance et donner plus d’importance à la créativité.

Pourquoi votre premier long métrage Fubo vous tient-il tellement à coeur?
Au moment de terminer le film, j’ai ressenti comme une grande fierté d’avoir su mener à terme un telle aventure en compagnie de toutes les personnes impliquées dans sa création. La réalisation avec des moyens aussi limités tenait du miracle.

Vos deux précédents moyens métrages Bamboo Doors et The Dogs n’avaient-ils pas été des miracles ?
Le sentiment de fierté n’était pas tout à fait le même. A la fin de mes moyens métrages, j’ai pensé que je savais filmer un sujet, j’étais capable d’avoir une vision d’ensemble et de transposer un scénario à l’écran. Je ne pensais franchement pas arriver à un tel résultat avec Fubo et je suis réellement fier du film.

Le miracle s’est-il arrêté là, où s’est-il reproduit sur vos films suivants ?
Chaque nouveau film terminé est une sorte de miracle à mes yeux… mais d’une manière différente. J’espère sincèrement avoir une autre chance de pouvoir monter un second projet autoproduit. Quand vous réalisez un film, vous pensez sincèrement pouvoir révolutionner le genre ou du moins accomplir quelque chose de grand. Bien évidemment, vous n’arrivez jamais à égaler votre vision. Mais si l’on me donnait les moyens de refaire un autre Fubo, je suis sûr de pouvoir créer quelque chose d’énorme !

Vous pensez franchement pouvoir y arriver ?
Je ne sais pas, mais je ferai tout pour y arriver. J’en rêve depuis que je suis enfant et je crois que ce rêve hantait déjà mon esprit à ma naissance !

Comment – dans Fubo – avoir eu l’idée de cette merveilleuse scène des balles de ping-pong à l’intérieur de la morgue ?
J’ai voulu magnifier visuellement le profond amour qui lie un père à son enfant. Ces deux personnes ne se sont pas vues depuis des années et n’ont pas eu le temps de construire une relation filiale. A ce moment précis de leurs retrouvailles, plus rien n’importe : ni l’autopsie, ni le lieu de la morgue. Tout sauf, la joie de leurs retrouvailles.

Comment avez-vous géré le passage entre diriger des acteurs non professionnels sur vos premiers projets, puis des vedettes sur Fubo et Jiang Hu ?
Pour moi, il n’existe aucune différence entre des acteurs amateurs et professionnels. Le plus important est de communiquer. Impliqué dans mes films, je savais bien évidemment où je voulais arriver avec mes acteurs et ce que je ne voulais pas. Nous avons donc pu nous entendre par le simple fait de communiquer.

Comment avez-vous eu l’idée de traduire en images ce sentiment de malaise au cours de la scène de restaurant dans Jiang Hu entre Jackie Cheung et Andy Lau ?
Il faut replacer cette scène dans son contexte : les personnages de Jackie Cheung et Andy Lau discutent autour d’une table dans un restaurant. Ils sont habités par un certain sentiment d’impuissance de ne pas avoir réussi à changer le monde. La table qui commence à bouger métaphorise donc autant la puissance de leur volonté à se battre dans la vie quotidienne, que leur partie de bras de fer imagée entre eux deux à ce moment précis.

Pourquoi avoir fait Mob Sister ?
Mob Sister a été un film de commande pour un studio.

Est-ce que le fait d’adapter le scénario d’un autre a changé quoi que ce soit pour vous ?
Non, car j’ai gardé un contrôle total lors du tournage. Le côté positif de mes propres scénarios est de pouvoir parler des choses qui m’importent, moi.

Comment est née l’idée de la séquence animée dans Mob Sister ?
L’histoire du personnage principal est – pour moi – l’incarnation même d’un conte de fées moderne. La séquence d’animation serait donc comme la projection de son univers intérieur, qui pourrait s’apparenter à un conte de fées. J’ai voulu créer le parfait contraste entre son monde imaginaire féerique et la dure réalité extérieure. Les animations sont légères, positives et colorées – rien à voir avec la réalité qui la rattrape.

Est-ce que cela pourrait également être la définition de votre propre imaginaire ?
Je pense que nous avons tous ce monde en nous.

Propos recueillis au mois d’avril 2006 à Hong Kong par Bastian Meiresonne
Remerciements à Wong Ching-po, Simon Lai et Sandy Yip.
Photos Sylvain Garassus dans le cadre du 11e festival cinémas & cultures d’Asie de Lyon (novembre 2005)

Pays : Hong-Kong

Bastian Meiresonne