Corry est française et vit au Japon avec Jin, une jeune photographe originaire de l’île de Yakushima. Elle travaille à l’hôpital de Kobé, s’occupant d’enfants en attente de greffe cardiaque. C’est une mission très difficile dans un pays qui a du mal à accepter le don d’organe tant pour des raisons culturelles qu’institutionnelles. Corry est très investie dans ce travail de changement des mentalités et de recherche de donneurs. Aussi quand Jin disparaît son équilibre vacille et elle se lance à sa recherche. Mais elle doit aussi tout entreprendre pour sauver un de ses jeunes patients.
Le film oscille constamment entre passé et présent, Paris et le Japon traduisant ainsi la psyché de Corry, son instabilité sans doute aussi. Le spectateur assemble peu à peu le puzzle des causes de son départ, sa rencontre avec Jin et l’origine de sa perte, mais ne dévoilons pas tout.
Naomie Kawase oppose la beauté de la nature : forêt luxuriante, eau, vent et reliefs de Yakushima, comme une respiration, et les couloirs froids de l’hôpital, lieu de survie.
Elle décline le motif de la disparition et du deuil sous différentes formes et interroge sur ce qui reste une fois la personne disparue. Et finalement comment la vie continue autrement. Comme pour ces parents qui viennent de perdre leur enfant et qui le laissent prolonger son existence dans un autre corps.
À l’image de Corry le ton du film est volontairement engagé pour la solidarité et le soin. Mais il est toujours très poétique. Les superbes envolées de nature traduisent un animisme toujours prégnant avec des liens invisibles entre les êtres vivants.
Un film magnifique et poignant sur un sujet très difficile et sensible.
Il est en sortie nationale dans de nombreux cinémas dont le Ciné Mourguet de Sainte Foy-lès-Lyon (cinemourguet.com).
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
L’illusion de Yakushima de Naomi Kawase, avec Vicky Krieps, Kan’ichiro, O. Nakamura, Japon, 2025, 1h52. En salle le 17 juin 2026.

