Le Viet Nam à l’honneur dans deux ouvrages très différents.

Comme toujours avec la collection : en 100 questions des éditions Tallandier, l’essai de Benoît de Tréglodé, Le Viêt Nam, Au carrefour d’une nouvelle Asie, analyse avec acuité l’État mis en avant.

Bien loin de l’image de guerre que peut parfois encore véhiculer ce pays, l’analyse nous plonge dans une effervescence vietnamienne volontariste dans nombre de domaines.

L’action la plus constante et essentielle pour le Viêt Nam a toujours été l’évitement avec son grand voisin du Nord. Ne l’oublions pas, il a été sous domination de l’Empire du Milieu durant presque mille ans. Il n’acquiert son indépendance qu’au tournant de l’an mille. Cependant, les dix siècles qui suivent se déroulent sous l’attention chinoise plus ou moins appuyée. Entre la sinisation des élites et la convergence d’intérêts entre les deux partis communistes au cours de l’indépendance du petit Poucet, il ne manque pas d’occasion à la Chine d’exercer son influence comme au temps des empereurs. Toutefois, malgré sa taille modeste, le Viêt Nam ne s’en laisse pas conter. Pour preuve la guerre éclair entre les deux pays en 1979 qui a débouché sur un statut-quo, malgré la surpuissance de la Chine.

Jusqu’en 1986, le pays est sous assistance à la fois soviétique et occidentale. Toutefois, il végète. À partir de cette date le parti lance le renouveau, Doi Moi. C’est l’instauration d’une économie de marché socialiste dirigée calquée sur les « quatre modernisations » de la Chine de Deng Xiaoping. Dès le début des années 1990, le pays décolle grâce aux investissements étrangers et au faible coup de la main d’œuvre locale. Une réussite qui se poursuit toujours.

Un aspect dans lequel excelle le gouvernement vietnamien, c’est celui de la « Politique du bambou », qualifiée par l’auteur de « politique de hedging » (couverture). Pour Hanoï, il s’agit d’une stratégie d’équilibre entre les grands de ce monde. Avec prudence, le gouvernement recherche une large autonomie entre ces deux composantes (Chine et États-Unis) dans un contexte géopolitique régional de plus en plus tendu.

Quant à son rapport avec la France, le Viêt Nam n’entretient qu’un vague lien avec son ancien colonisateur malgré des tentatives sporadiques pour concrétiser un rapprochement porteur d’espoir à l’image de son adhésion à la francophonie, sans suite notoire, toutefois.

L’essai développe un ensemble de données d’une grande expertise. Il englobe la géopolitique en passant par la société civile avec un poids non négligeable de la gouvernance du parti sans oublier l’environnement, etc…

Un essai pertinent pour qui veut comprendre les rouages qui ont conduit ce pays meurtri à devenir un élément moteur en Asie du Sud-Est.

Texte singulier que arbre pleure de Thi Colas. Le contexte de son récit se situe dans une exploitation coloniale d’hévéas d’où son subtil titre. Si l’on est bien au Viet Nam, l’autrice nous plonge dans un monde poétique hors du commun. Sans rien concéder aux thèmes revendicatifs du décolonialisme, Thi Colas nous chante presque la révolte qui gronde du point de vue des opprimés locaux. Et l’on sent bien que tout dans son texte crie à l’injustice. Les indigènes, bien sûr, mais aussi les arbres, la terre elle-même, s’insurgent ainsi que les esprits du lieu.

Le texte est plus proche du chant incantatoire que du roman narratif si classique dans la littérature contemporaine.

Plutôt que de geindre sur le colonialisme, l’autrice pointe l’oppression en quelques phases à la façon des pointillistes pour le rendre, paradoxalement, plus explicite et, par là-même, plus abjecte.

Mais elle sait reconnaître l’humanité de certains blancs, blanche plutôt. Le personnage de Madame P. de la T. qui amorce le récit s’efforce véritablement de rendre supportable la condition de ces « esclaves ». Pour autant, lui rétorque un des personnages : Nguyen Thi Cuc « Notre sol n’est pas français ». Et donc que la place de cette personne n’est pas ici. Au lieu de répondre, elle claque la porte.

Ce récit bref et vigoureux est une immersion sensorielle et politique. Il est destiné à revendiquer une juste réparation par la reconnaissance de la malfaisance du colonialisme.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Le Viêt Nam, Au carrefour d’une nouvelle Asie de Benoît de Tréglodé, 320 pages, 19,90 €, éd. Tallandier.

arbre pleure de Thi Colas, 96 pages, 16 €, éd. Wildproject / Littérature.

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