J’ai tué le professeur de Mina Sakurai paraît chez Belfond.

Le prestigieux lycée privé Saïka se prépare à son exercice  « séisme ». Tous les élèves sont rassemblés dans la cour. Tandis qu’ils s’ennuient ferme pendant que le proviseur égrène son discours, un corps se jette du haut d’un bâtiment et s’écrase à leurs pieds. Tout le monde l’a reconnu. C’est le jeune et beau Jun Okusawa, 27 ans, professeur d’anglais populaire dans ce même établissement.

La communauté est sous le choc. D’autant que cette phrase « C’est moi qui ai tué le professeur » est écrite au tableau d’une salle de classe. S’agirait-il d’un meurtre déguisé en suicide ? Et puis il y a cette vidéo qui envahit le Net depuis quelques jours montrant l’enseignant enlaçant une mystérieuse lycéenne.

Le récit est lancé et les quelques jours précédant la chute jusqu’à l’exercice sont repris dans un récit choral. Cinq narrateurs se succèdent en effet pour tracer le portrait de Junjun comme l’appellent ses admiratrices énamourées.

C’est aussi celui du système scolaire nippon vu sous tous ses angles. À travers cette communauté d’élèves et d’enseignants Mina Sakurai décrit finement les enjeux de la scolarité. Les différentes typologies d’élèves font émerger l’importance des réseaux sociaux, le harcèlement, l’absence totale d’empathie pour certains. Elle renseigne aussi les milieux sociaux et avec eux, la pression des parents, enfin celle de la société tout entière. La mentalité de chacun est bien rendue avec ce constat effrayant d’une compétition à tous les niveaux et d’un égoïsme forcené. Le culte de la réussite individuelle fait des ravages. «  Tous jugeaient leur avenir plus important que les ennuis présents d’Okusawa, personne ne pouvait leur en vouloir » dit froidement Kominato, l’un des narrateurs élèves.

Du côté des enseignants, la charge de travail va toujours grandissante. La corruption gangrène.

Le style de Sakurai, dans ce thriller psychologique très noir, est fluide. La pluralité des narrateurs autour d’une même courte période donne de nombreux points de repère et facilite la compréhension du puzzle complexe qui se construit.

Exemple glaçant d’un système scolaire qui broie ses meilleurs éléments.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

J’ai tué le professeur de Mina Sakurai, roman traduit du japonais par Dominique et Frank Sylvain, 304 pages, 21€, éd. Belfond. En librairie le 21 mai 2026.

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