Les délices de Tokyo DVD du film de Naomi Kawase chez Blaq Out

Le film de Naomi Kawase est l’adaptation, à l’écran, du livre éponyme de Durian Sukegawa dont la sortie, en février dernier, est passée assez inaperçue. Le film, pour sa part, a été primé au festival de Cannes 2015 et a fait un très beau parcours en salles grâce au bouche à oreilles.

Sentarô est gérant d’un petit kiosque à dorayaki (un doraharu). Il ne fait pas de zèle, bien au contraire, désabusé qu’il est par sa situation : il rembourse la dette qu’il lui reste auprès de son propriétaire défunt depuis et que remplace sa femme héritière. Il voit débarquer un jour au kiosque Tokue, une petite dame toute fripée de 75 ans qui accepte d’être embauchée à vil prix pour combler sa solitude et tout ce qui lui a manqué tout au long de son existence passée. Elle excelle dans la confection de la pâte de haricots rouges, le an. La clientèle afflue alors pour déguster les délicieux dorayakis cette pâtisserie typiquement tokyoïte se composant de pancakes moelleux fourrés à la fameuse pâte de haricots rouges ; mais les ragots aussi… La vieille dame cache un terrible secret et, sous les pressions de la propriétaire, il doit renvoyer Tokue. Sentarô, se retrouvant à nouveau seul, déprime et avec la jeune Wakana, une collégienne délaissée par sa famille, il va chercher à la retrouver…

Les 3 personnages principaux du film sont des laissés pour compte pour des raisons diverses et de ce fait se rapprochent dans le doraharu. Ils recréent une communauté humaine avec chaleur et sentiments. C’est par petites touches d’une écriture très sobre, mais aussi très précise que Naomi Kawase nous les fait appréhender. Le personnage de Tokue, interprété par une actrice très connue au Japon : Kirin Kiki, est particulièrement attachant dans son rapport à tout ce qui l’entoure très shintoïste : elle s’émerveille de la beauté des fleurs de cerisier dans la sakuradori (rue des cerisiers), du chant du canari de Wakana ; elle écoute la voix des haricots lorsqu’ils cuisent… Mais Sentarô n’est pas moins bien traité ; personnage plus taciturne, renfermé sur le ratage de sa vie, il renaît en lui redonnant un sens. C’est ce côté humaniste qui rend le film prenant et lui donne toute sa valeur avec une attention portée aux plus petits événements.

 

Camille DOUZELET

Japon, société, contemporain

Les délices de Tokyo, DVD, juin 2016, 19.90€, chez Blaq Out.