Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa, aux éditions Albin Michel.

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On a pu apprécier à l’écran le film éponyme de Naomi Kawase primé au précédent festival de Cannes. Mais peu de gens savent qu’elle a adapté, à la virgule près, le roman de Durian Sukegawa dont la sortie, en février dernier, est passée assez inaperçue.  Sentarô est gérant d’un petit kiosque à dorayaki (un doraharu). Il ne fait pas de zèle, bien au contraire, désabusé qu’il est par sa situation : il rembourse la dette qu’il lui reste auprès de son propriétaire défunt depuis et que remplace sa femme héritière. Il voit débarquer un jour au kiosque une petite dame toute fripée de 75 ans qui accepte d’être embauchée à vil prix pour combler sa solitude et tout ce qui lui a manqué tout au long de son existence passée. Elle excelle dans la confection de la pâte de haricots rouges, le an. La clientèle afflue alors mais les ragots aussi… La vieille dame cache un terrible secret et, sous les pressions de la propriétaire, il doit renvoyer Tokue. Sentarô, se retrouvant à nouveau seul, déprime et avec la jeune Wakana, une collégienne délaissée par sa famille, il va chercher à la retrouver…

Les 3 personnages principaux du roman sont des laissés pour compte pour des raisons diverses et de ce fait se rapprochent dans le doraharu. Ils recréent une communauté humaine avec chaleur et sentiments. C’est par petites touches d’une écriture très sobre, mais aussi très précise que le romancier nous les fait appréhender. Le personnage de Tokue est particulièrement attachant dans son rapport à tout ce qui l’entoure très shintoïste : elle s’émerveille de la beauté des fleurs de cerisier dans la sakuradori (rue des cerisiers), du chant du canari de Wakana ; elle écoute la voix des haricots lorsqu’ils cuisent… Mais Durian Sukegawa ne traite pas moins bien Sentarô, personnage plus taciturne, renfermé sur le ratage de sa vie, qui renaît en lui redonnant un sens. C’est ce côté humaniste qui rend le roman prenant et lui donne toute sa valeur.

A déguster sans modération !

Camille DOUZELET

Japon, société, contemporain

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa, 239 pages, 17.50€, février 2016, Albin Michel.

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