Le voleur d’estampes de Camille Moulin-Dupré aux éditions Glénat.

Pari gagné pour ce voleur d’estampes ! En effet c’est le 1er livre de Camille Moulin-Dupré et c’est une réussite originale, poétique et inclassable.

 

Il nous emmène dans le Japon de la fin de la période Edo, fin XIXè siècle donc, dans une ville où le peuple en a assez d’être spolié, de travailler pour rien, de n’avoir plus d’espoir… Le gouverneur y arrive et compte bien redorer son blason, mais un mystérieux voleur sévit jusque dans son palais et le vieil homme promet sa fille au colonel si ce dernier lui amène le coupable ! La jeune fille refuse le marché et se réfugie dans l’opium pour échapper, elle aussi, à sa condition misérable. Le fameux voleur n’est autre qu’un fils de restaurateur qui vole la nuit pour le plaisir de l’aventure, pour se sentir libre et puissant et qui accumule ces richesses dans une grotte. Dans son errance opiacée, la jeune héritière reconnaît le jeune homme qui l’intrigue, lui donne rendez-vous et dans une scène fantasmagorique s’unit à lui, mais l’assimile aussi au Tengu : être mythologique mi-homme mi-oiseau qui survole la cité et symbolise bien le mystère du personnage.

 

Cette bande dessinée ne reprend absolument pas les codes du genre : pas de bulles par exemple. Elle se présente plutôt comme un hommage aux estampes du monde flottant, les ukiyo-e des XVIII, XIXè siècles dont Utamaro, Hokusai et Hiroshige sont les plus grands représentants. Il en adopte les thèmes et les codes : beaucoup de scènes de rue, de la vie quotidienne ; mais pas la couleur, à notre plus grand regret ! Il la remplace cependant par une très large déclinaison de gris subtils qu’il maitrise à la perfection. Le tout offre une œuvre hybride des plus originales entre la bande dessinée et la gravure japonaise. On attend la suite avec impatience pour savoir de quel côté le Tengu fera pencher la balance et se révélera de bon ou de mauvais augure !

 

Camille DOUZELET

Bande dessinée, Japon, historique, Edo, ukiyo-e.

Le voleur d’estampes de Camille Moulin-Dupré, 208 pages, 13.25€, janvier 2016, éditions Glénat.