Après Mauvaises herbes et L’attente (1), le nouveau roman graphique de l’autrice sud coréenne Keum Suk-Gendry-Kim est une grande fresque familiale et historique. Elle y raconte la volonté des Coréens, dès 1948, d’établir une nation indépendante à travers 2 familles dont l’une est la sienne.
Comme dans ses 2 œuvres précédentes, elle y montre avec talent et sobriété l’intrication entre l’Histoire et les histoires personnelles. Comment la première éreinte les secondes. Dans L’attente, c’était à travers « deux amies » vivant en Corée du Sud, et recherchant des membres de leur famille restés en Corée du Nord au moment de la partition. Et c’est toute la combativité humaine qu’elle mettait en scène, par l’intermédiaire de deux mamies ! Dans Mauvaises herbes, c’était encore une vieille femme dont elle rapportait le témoignage terrible. Oksun Lee était une esclave sexuelle de l’armée japonaise durant la guerre du Pacifique.
Avec Les chaussures blanches, ce sont les mouvements d’opposition, les soulèvements en Corée du Sud à différentes époques du XXè siècle et leurs répressions toujours sanglantes via les lois martiales successives qu’elle veut mettre en évidence. En effet, son père a subi celle proclamée à la suite du soulèvement de Yeo – Sun, en 1948 de plein fouet. Et s’il en a réchappé, il y a perdu sa sœur aînée. Comme des milliers de Coréens, il a gardé le silence toute sa vie. C’est donc ce silence que Keum Suk-Gendry-Kim entend briser avec ce roman graphique remarquable aux allers-retours passé / présent et à la 1ère personne.
L’encrage noir et blanc, très contrasté, avec peu de nuances intermédiaires lui permet d’aller droit au but, sans fioritures. Beaucoup de pleines pages pour exprimer l’important : les paysages, souvent nocturnes. Des doubles pages très graphiques pour « digérer » l’horreur des exécutions sommaires de la loi martiale. Époque cruelle pendant laquelle « on pouvait être arrêté ou tué n’importe quand ». L’injustice est ressentie et montrée au plus profond des êtres à travers un dessin souvent métaphorisé de grande ampleur.
Encore une fois Keum Suk-Gendry-Kim signe album salutaire qui fait office de devoir de mémoire sur des événements manipulés par l’histoire officielle !
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire nos chroniques : Mauvaises herbes, récit et dessin de Keum Suk-Gendry-Kim est réédité chez Futuropolis. – ASIEXPO La Maison des Cultures Asiatiques ET https://asiexpo.fr/lattente-une-famille-coreenne-brisee-par-la-partition-du-pays-recit-et-dessin-de-keum-suk-gendry-kim/
Les chaussures blanches, récit et dessin de Keum Suk-Gendry-Kim, 448 p. En noir et blanc, 17 X 22,5 cm, 26 €, éd. Futuropolis. En librairie le 7octobre 2026.

