Lorsque Nicolas de Crécy, auteur de bande dessinée bien connu (1), écrit un roman, il y met en scène un artiste. Et voilà qu’Alexandre Vollin-Delbar naît et raconte son voyage à Kyoto. Sur un quiproquo, il est, en effet, invité en résidence d’artistes à la villa Kujoyama. C’est pour cet hypocondriaque assumé l’occasion de prendre un nouveau départ artistique, lui qui n’a pas peint une seule toile depuis plus de 10 ans !
Mais surtout, il espère se défaire de cette maladie qui l’empêche d’apprécier la vie réelle. « J’ai peur de ne rien voir au Japon. Je suis incapable de contrôler mes errances visuelles » dit-il. C’est qu’il ne peut pas regarder un paysage, une scène ou un visage sans être envahi par une référence artistique ! Nourri qu’il est d’une culture visuelle exubérante et envahissante, il se sent plus proche de Bonnard, Chéri Samba ou Louise Bourgeois que de ces coreligionnaires dont il ne nous dit rien ou presque une fois présentés.
Au fil des pages Alexandre Vollin-Delbar se dévoile et montre les dessous de l’art contemporain. Ce n’est pas très reluisant ! Il a connu une gloire éclair à ses débuts grâce à un galeriste bien conscient de la finaciarisation du monde. Il en jouait avec dextérité et a poussé notre artiste débutant à piétiner ses idéaux. On s’habitue si facilement au succès ! A la mort de son mentor, « j’étais un pur produit fabriqué par mon galeriste ». C’est alors que le Nurikabe, ce mur invisible, l’a rattrapé.
Et ainsi de crises en déboires, d’humiliation face à des artistes moins talentueux mais plus bankable, Alexandre décrit ses déambulations dans le Kyoto non touristique, ses rencontres avec les fantômes japonais et autres jizo emmitouflés. Il fait de même ensuite hors des sentiers battus de Tokyo. Et c’est, à chaque fois, une respiration ! Son écriture est fluide, limpide.
L’humour n’est jamais loin. Mais, en contrepoint, ce qui ressort systématiquement du monde de l’art contemporain c’est la notion d’imposture. Excellente analyse !
Dans le même temps les éditions Gallimard publient le second roman d’Ocean Vuong : L’empereur de la joie. Un bel opus sur la tentative d’exister, de trouver de la beauté dans l’existence et dans une Amérique à l’agonie.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire notre chronique La République du CATCH : Quand la BD française part à l’assaut du Japon – ASIEXPO La Maison des Cultures Asiatiques
Le Syndrome de Kyoto de Nicolas de Crécy, 208 pages, 20 €, éd. Gallimard. En librairie depuis mars 2026.


