On ne compte plus les adaptations des œuvres de Liu Cixin (1), l’écrivain chinois de science-fiction le plus connu. Auréolée de nombreux prix littéraires, sa célèbre trilogie Le Problème à trois corps, publiée aux éditions Actes Sud, a déjà fait l’objet d’une mini-série Netflix de 8 épisodes et d’une adaptation en bande dessinée avalisée par l’auteur himself. En voilà une seconde réalisée par le dessinateur chinois Wu Qingsong pour le scénario, le dessin et la couleur. Elle comportera 6 volumes.
Il est très facile d’entrer dans le roman graphique car, comme le 1er tome du roman tout court, l’intrigue se déroule dans notre espace-temps et a des allures d’enquête policière. En effet, en 2007 le commissaire Shi Qiang se retrouve face à une vague de suicides inexpliqués qui frappe des physiciens proches d’une société mystérieuse nommée « les frontières de la science ».
Les autorités demandent alors au professeur Wang Miao, chercheur dans les nanotechnologies, d’infiltrer le groupe. D’abord réfractaire, il accepte lorsque la brillante professeure Yang Dong est aussi retrouvée suicidée. La science n’existerait pas et le monde irait à sa perte. Le compte à rebours qui imprime la rétine de Wang ne l’y mène-t-il pas ? Il entre alors plusieurs fois dans le jeu des 3 corps : « three-body » où il est question d’un problème mathématique encore jamais résolu : Le problème à 3 corps. Mais est-ce une simulation ou bien la réalité d’une civilisation vivant sur une planète en orbite autour de 3 soleils ? Et ces « trisolariens » ne seraient-ils pas en route vers notre Terre ? Attention danger.
Au niveau du scénario, Wu Qingsong a fait le choix de la « condensation ». Il a gardé les temps forts du roman et en a accéléré le rythme. En effet dans ce 1er tome, Wang Miao entre plusieurs fois dans le jeu. Et en montage alterné, le lecteur suit l’enquête serrée de Shi Qiang. La tension est ainsi très forte. Il n’y a pas de temps mort.
Quant au dessin, il est à la croisée des styles du manhua et de la tradition franco-belge. Du 1er, il a les cadrages dynamiques et l’expressivité des visages. De la seconde, la structure narrative et la minutie des détails. On remarque un trait précis, fin et travaillé comme en gravure ou en estampe, dont il est diplômé. Ce réalisme donne de la crédibilité aux concepts scientifiques en jeu. L’enquête se mue en quête métaphysique.
Une riche adaptation à suivre.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire nos chroniques : https://asiexpo.fr/les-futurs-de-liu-cixin-adaptes-en-bande-dessinee-aux-editions-delcourt/ ; https://asiexpo.fr/l-ere-des-anges-de-sylvain-runberg-et-ma-yi-parait-aux-editions-delcourt/ ; https://asiexpo.fr/lattraction-de-la-foudre-de-thierry-robin-parait-aux-editions-delcourt/ et https://asiexpo.fr/le-calcul-du-papillon-de-dan-panosian-parait-aux-editions-delcourt/
Le problème à 3 corps tome 1 de Wu Qingsong d’après Liu Cixin, traduit du chinois par Gwenaël Gaffric, 184 pages, 20 €, éd. Glénat. En librairie le 2 septembre 2026.

