Le recueil de nouvelles Le poids des os de Shih-li Kow couvre une large gamme de genres littéraires qui vont du réalisme terre à terre jusqu’à la dystopie en passant par la science-fiction et le fantastique.
Sans lien évident entre eux, certains textes se répondent tout de même par de discrètes relations tel un nom identique ou bien des thèmes similaires. Au moins, toutes les situations se déroulent en Malaisie, pays assez superstitieux s’il en est. Le multiculturalisme sous-tend le recueil (1). En plus des Malais autochtones, le pays est constitué de deux fortes communautés : l’une chinoise, dont Shih-li Kow est issue et l’autre indienne. Ancienne colonie britannique oblige.
Tout en délicatesse et subtilité, l’autrice nous raconte son pays entre tradition et hyper-modernité. La discrimination de classe tient une place prépondérante. Tout comme la pression sociale qui oblige les protagonistes à ruser avec la réalité du quotidien.
Le cœur de chaque nouvelle nous entraîne toujours au plus près de l’existence des personnages, de leur lutte pour améliorer leur condition au quotidien. Nombre d’individus sont condamnés à la solitude. Pour autant, ils aspirent tous à une vie meilleure sans garantie de réussite.
Bien souvent, la technique moderne pallie les manques sociétaux ou familiaux sans parvenir véritablement à rapprocher chacun.
Le féminisme tient une place affirmée, mais sans ostentation. Par de délicats tableaux, l’autrice nous confronte à la dure réalité des Malaises quelle que soit leur condition.
La pollution tient un rôle majeur dans plusieurs nouvelles. Elle est une forme d’ostracisme social qui protège les riches, tandis que les pauvres la subissent en la nettoyant ou en la respirant.
Un large panel de situations nous montre la Malaisie sous un aspect novateur, même pour les récits les plus surréalistes. L’alternance entre répétition et variation assure la cohérence intime du recueil.
Un ouvrage riche en émotions et en pertinence grâce à un regard acéré, mais juste de l’autrice sur une société en pleine métamorphose.
Notons deux autres ouvrages parus aux éditions Zulma dans le même temps. Princesse Bari du Coréen Hwang Sok-yong et Salamalecs d’Antonythasan Jesuthahsan. Ce dernier a été couronné du prix Guimet en juin dernier.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/kl-complots-et-caducees-dhelene-honnorat-parait-chez-gope-editions/
Le poids des os de Shih-li Kow, 272 pages, 21,50 €, éd. Zulma.
Princesse Bari du Coréen Hwang Sok-yong, 240 pages, 10,95 €, coll. Poche, éd. Zulma.
Salamalecs d’Antonythasan Jesuthahsan, 320 pages, 22,50 €, éd. Zulma.



