Une histoire du monde pourrait être racontée du point de vue du crime des États ou bien des idées. Il y a matière à développement. Cependant, Simon Sebag Montefiore, dans son monumental essai : Le Monde, une histoire familiale de l’humanité choisit celui de la famille au sens large. Ce qui englobe : clans, lignées, foyers, dynasties. Là aussi, le sujet est inépuisable. Pour s’en persuader, il suffit de constater l’épaisseur de ses deux volumes (plus de 1600 pages). L’ampleur du projet revêt une originalité et une force narrative sans pareil. Le 1er tome est paru en 2025, le second arrive en librairie.
La cellule familiale permet à l’auteur de déployer tout un cortège de comportements humains à travers le temps (950000 ans, de la pré-histoire à nos jours) et l’espace (la Terre entière).
De là l’émergence de constantes, comme les conflits, les alliances ou bien encore les forfaitures. Au travers des nombreux exemples, on comprend que les membres d’une même famille sont enclines à les utiliser. Surtout si un enjeu de pouvoir en résulte pour le clan ou pour un seul.
S’il y a beaucoup de sang et de fureur parmi les dynasties, l’auteur sait se montrer attentif aux conditions des humbles et des invisibles. Il va même jusqu’à inclure des lignées bourgeoises ou bien ouvrières tout autant que celles des esclaves. Il ne cache rien des conditions de vie de chacun. Et plus particulièrement, celles des enfants. Souvent utilisés comme monnaie d’échange dans les enjeux des familles régnantes ou bien ceux esclavagisés dans les usines de la révolution industrielle.
Ce rééquilibrage humanise non seulement le récit historique, mais plus encore, il nous fait ressentir les tractations ou les complicités, les héritages ou les trahisons des protagonistes dans toute l’intensité de leur spécificité.
Le texte est érudit et truffé d’anecdotes drôles ou tragiques. Il incarne des mondes aussi différents que celui des Qin en Chine (1), des Romanov en Europe ou des Zoulous en Afrique. Ce qui a le mérite de nous éloigner des abstractions géopolitiques autocentrées de l’Occident.
Un auteur à découvrir autant pour son érudition que pour sa subtilité de conteur.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/histoire-de-la-chine-en-bd-de-jing-liu-parait-aux-editions-sully/
Le Monde, une histoire familiale de l’humanité de Simon Sebag Montefiore, 2 tomes, 750 et 880 pages, 31 € chacun, éd. Passés / Composés.


