Le Japon à l’honneur chez Rivages poche.

Pas moins de trois ouvrages du grand écrivain Natsumé Sôseki ont paru en avril chez Rivages poche.

Le dernier roman Clair-obscur de l’immense auteur est resté inachevé. Le texte relate l’introspection d’un couple à la suite de l’hospitalisation bénigne du mari Tsuda. Chacun de leur côté, les époux sondent leur mariage. Une crise profonde révèle très vite des rancœurs, des soupçons et des non-dits accumulés durant leur vie commune.

La mort de l’auteur vers la fin de la rédaction donne au roman une plus grande incertitude quant à savoir si ce mouvement de fond peut ressouder le lien conjugal.

Une œuvre psychologique dense qui pose clairement la question à chacun de nous : peut-on connaître autrui ? Tout comme se connaître soi-même ?

Beaucoup plus léger, voire désinvolte, le court roman Le 210e jour retrace l’ascension du Mont Aso par deux bavards impénitents.

De nombreuses péripéties dues à leur inconséquence surviennent au cours de leur pèlerinage sans que cela ne les affecte particulièrement.

Une œuvre drôle et primesautière soutenue avec verve par ces deux Bouvard et Pécuchet nippons.

Plus sérieusement, dans Être une hirondelle, Natsumé Sôseki nous montre toute l’étendue de sa verve poétique. Sa vie durant, il rédige des haïkus. Cette passion fait suite à sa rencontre avec celui qui deviendra son ami, Masaoka Shiki. Il est le refondateur de cette forme brève de poésie si particulière.

L’ouvrage est divisé en quatre parties selon le code des saisons. Les textes couvrent une large gamme de thèmes. Ils vont de l’intime [J’ai écris « Plongé / dans un bain chaud d’orchidées » / je suis donc poète] au plus trivial [À l’ombre d’un bois / cherchant la fraîcheur je suis / la proie des moustiques].

Un recueil d’une intense qualité très proche du journal intime.

En plus de sa version française, l’ouvrage est présenté en graphie originale agrémentée de sa lecture phonétique. Une merveille !

N.P., le roman de Banana Yoshimoto ne s’écarte en rien des thèmes de son célèbre premier roman, Kitchen (les relations non conventionnelles, le suicide, les prémonitions ou l’inceste). Dans cet opus à l’énigmatique titre, nous assistons à des rencontres croisées entre jeunes adultes. Ce qui les réunit n’est autre qu’un recueil de nouvelles écrit par le père de plusieurs de ces individus. Mais une malédiction pèse sur les traducteurs. Trois se sont déjà suicidés alors qu’ils abordent la 98e nouvelle. L’ouvrage est-il le reflet d’une malédiction ?

Un roman mystérieux qui déstabilise le lecteur à plus d’un titre.

Dans un tout autre domaine, bien que restant en Asie, le recueil de récits, La manche coupée (duanxiu pian) compilé par Wuxia Ameng pointe un non-dit de la société chinoise ancienne. Celui de l’homosexualité masculine. L’ouvrage déploie une cinquantaine de textes allant du IIe siècle avant notre ère jusqu’au XIVe siècle. Tout en allusion, les histoires rapportées en disent bien plus long qu’il n’y parait.

Une compilation étonnante sur la pudeur entourant ces relations parfaitement connues, mais taboues encore aujourd’hui.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Clair-obscur, 484 pages, 10,50 €

Le 210e jour, 112 pages, 7,5 €

Être une hirondelle, 150 pages, 9 €

N.P., 192 pages, 8,20 €

La manche coupée, 192 pages, 9 €

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