Pour son quatorzième roman publié chez Actes Sud, Le gardien du camphrier, le maître du polar japonais (1) abandonne le genre mais pas le style.
Le jeune Reito Naoi se retrouve, de façon fort mystérieuse, gardien de temple et ainsi, échappe à la prison. En effet, à la suite de son licenciement abusif de la pas très nette Toyoi Electronics, il décide de s’en venger et se fait prendre. Mais un avocat d’une perspicacité redoutable lui propose de devenir le gardien du camphrier du sanctuaire Tsukisato, aux environs de Tokyo en échange de la prise en charge des frais de justice pour le libérer. Hasard, destin, pacte avec le diable ? L’atmosphère est tout à fait fantastique au début du roman. Le jeune homme, que la vie n’a pas gâté : il n’a pas connu son père, et sa mère, hôtesse de club de nuit est morte lorsqu’il avait 12 ans, accepte sans chercher plus loin.
Reito fait ainsi la connaissance de sa tante Chifune, chef de la riche famille Yanagisawa. C’est elle qui l’a tiré de prison. Elle lui explique les liens familiaux distendus qui, malgré tout, les relient et puis ce camphrier. Selon la légende, « si l’on entr[e] dans la grotte creusée dans son tronc et qu’on formul[e] un vœu, celui-ci se réaliser[a] un jour ».
Selon Chifune c’est à Reito de comprendre en quoi consiste le rituel qui confère à cet « arbre sacré » le pouvoir d’exaucer les vœux. Aussi, durant tout le roman, le lecteur suit les pensées, les interrogations et le cheminement du jeune homme dans son enquête sur le fameux rituel. Comme un policier assemble les indices, interroge les témoins et émet des hypothèses, le sagace Reito progresse, aidé en cela par la non moins pertinente Yumi. Elle cherche ce que son père vient faire les nuits de nouvelle ou de pleine lune dans le fameux camphrier.
Et c’est un bonheur de lecture de suivre nos deux jeunes enquêteurs sur de fausses pistes et de vrais parcours de vie. La transmission familiale est au cœur du roman et est traitée d’une façon alerte et délicate. Le thème du transfuge de classe est aussi abordé. Reito n’a pas les codes de la société dirigeante, « né dans une famille pauvre » il ressent le plafond de verre mais apprend vite et enrichit son vocabulaire. Il sait désormais « s’endimancher » quand il le faut !
Un beau roman sur la transmission familiale qui se dévore comme un polar !
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) lire nos chroniques de ses romans dans la collection actes noirs : https://asiexpo.fr/le-cygne-et-la-chauve-souris-de-keigo-higashino-parait-chez-actes-sud/ ; https://asiexpo.fr/les-sept-divinites-du-bonheur-de-keigo-higashino-parait-chez-actes-sud/ ; https://asiexpo.fr/le-nouveau-de-keigo-higashino-parait-chez-actes-sud/ ; https://asiexpo.fr/la-lumiere-de-la-nuit-de-keigo-higashino/ ; https://asiexpo.fr/les-doigts-rouges-de-keigo-higashino-sort-chez-actes-sud/
Le gardien du camphrier de Keigo Higashino, roman traduit du japonais par Liza Thériot, 368 pages, 23 €, coll. « Lettres japonaises », éd. Actes Sud. En librairie le 7 janvier 2026. .

