Le Festival (des soirées) de Cannes

Quatre films asiatiques – si on englobe le dernier Wong Kar-wai – étaient en compétition, deux ont obtenu des prix. L’actrice Jeon Do-yeon (que vous aviez pu apprécier lors du festival Asiexpo avec My Mother The Mermaid) du film de Lee Chang-dong ex-ministre de la culture de Corée du Sud, et, celui de Naomi Kawase qui nous avait déçus avec Shara mais revient avec une oeuvre magnifique La forêt de Mogari.

A Cannes, ce qui compte ce sont les films : on en voit beaucoup mais peu restent. Les rencontres : le gratin de l’industrie cinématographique mondiale est là. Et les journées comme les soirées sont très longues. De rencontre en film et de film en rencontre, chaque minute compte pour ce petit monde. La planète peut continuer de tourner seule, Cannes s’en fout. Cannes est un monde à part, un périmètre limité où l’actualité – hormis celle du cinéma – n’a pas d’emprise.

Heureusement, il y a les soirées. Sans elles, Cannes ne serait plus Cannes. Chaque soir, la Croisette résonne de mille sons et brille de mille feux de dizaines de soirées. De la soirée du film en compétition à celle organisée par un pays, en passant par celle des médias ou des producteurs.

Commençons par le début : l’obtention du carton d’invitation.
Essayer d’obtenir ce précieux sésame est parfois digne du parcours du combattant. Vous êtes organisateur d’un festival asiatique et vous pensez vous rendre à la soirée d’un réalisateur allemand : vous avez tout faux. Vous écrivez pour un site internet qui cumule trois connections par mois : idem. Vous êtes un jeune réalisateur français – l’ingénieur du son n’y pense même pas – qui a tourné son premier court métrage en région parisienne et vous parlez trois mots d’allemand : touché-coulé. Vous êtes une starlette montante qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Marlène Dietrich jeune : là aussi, inutile de vous faire des illusions. Sauf si vous connaissez intimement le vigile à l’entrée ou le réalisateur – mais dans ce dernier cas, pourquoi n’étiez-vous pas à son bras, il y a déjà une heure qu’il est passé. A priori, il ne vous reste plus que le vigile.

Singapore Meeting : palme du pays le plus efficace
En fin d’après-midi, dans un grand hôtel. Serveurs et boissons italiens, normal, la Singapore Film Commission a loué pour 1h30 top chrono l’espace italien. Valait donc mieux arriver en avance (et parler italien), 1h30 pour rencontrer tout le monde. Juste le temps de boire un verre mais grand nombre de réalisateurs et de producteurs présents.

Thailand Fiesta : palme du meilleur bain de pied
Presque les pieds dans l’eau (comme en Thailande), un soleil d’enfer (il est quatre heure de l’après-midi), des brochettes et spécialités thaïlandaises succulentes, les organisateurs se mettent en quatre pour vous présenter les pontes du ciné thai.

Japon After : palme de la meilleure cacahuète grillée
Le cinéma japonais va mal et ça se voit : en trois ans les Japonais sont passés de déjeuners en grand hôtel avec beaucoup de monde à un apéritif avec cacahuètes sur leur stand avec beaucoup moins de monde.

Korean Film Party : palme de la soirée la plus radine
Toute l’équipe du Korean Film Council est là, Lee Chang-dong et Kim Ki-duk présentés en sélection officielle aussi. Ca a dû se savoir car beaucoup (trop) de convives. Buffet vidé en quelques minutes : résultat une bonne moitié des invités ont fini la soirée au kebab du coin. A défaut, vous pouviez vous consoler au bar. Que nenni, il fermait à 22h (la soirée débutait à 21h). Restait l’eau de mer. Valait mieux ne rencontrer personne lors de cette soirée – à moins d’apprécier kebab et eau de mer. Il est vrai que depuis 1 an 1/2 le cinéma coréen est dans le creux de la vague.

Hong Kong Night : palme du must du must
En 7 ans, c’est devenu un classique, bref ce qui se fait de mieux. Un événement à chaque fois. Buffet délicieux et bar à volonté. 1 200 invités. Organisation irréprochable. HK a toujours su reconnaître la valeur de ses amis. Brochette de stars : Wong Kar-wai, Maggie Cheung, Johnnie To, … tous réunis sur scène pour notre plus grand plaisir.

Taiwan Party : palme de la soirée la plus réussie
Depuis deux ans, concurrence sérieusement HK quant au nombre d’invités, à la qualité de son buffet gastronomique et aux rencontres que l’on peut y faire. Du grand art. La crème du cinéma taiwanais est là : Hou Hsiao Hsien, Tsai Ming-liang, Yang Kuei-mei, Lee Kang-Sheng, et une pléiade de jeunes réalisateurs. Discours des officiels passionnant (c’est rare], les mêmes se sont retrouvés sur la piste de danse (encore plus rare).

juin 2007

Pays : Asie

Jean-Pierre Gimenez