La onzième heure de Salman Rushdie paraît chez Gallimard.

Après avoir raconté dans le détail la tentative d’assassinat dont il a été victime le 12 août 2022 (1) et qui l’a laissé à moitié mort, Salman Rushdie revient avec bonheur à la fiction. La Onzième heure est, en effet, un recueil de 5 nouvelles hybrides tant par leur longueur, leur style et leur date de rédaction, avant et après l’attentat.

Si différentes soient-elles, elles sont cependant marquées par la faconde du conteur qui fait rebondir l’histoire de personnages en événements dans « La musicienne de Kahani » notamment. Sur le ton de la conversation, il interpelle le lecteur. La voix et le « je» du conteur se mêlent à l’histoire. Salman Rushdie convoque ses souvenirs d’enfance, de son quartier, de sa maison même pour en faire le décor de sa novella. Ou comment la réalité nourrit la fiction, mêlant ainsi mémoire et imagination avec une grande maestria.

De même dans « Le défunt retardataire », il puise dans ses années estudiantines britanniques et concocte une histoire de fantôme avec un réalisme magique cher aux Sud Américains.

Il rend aussi hommage aux auteurs qui l’ont toujours inspiré. « Oklahoma » est un nouvelle toute kafkaïenne avec de multiples mises en abyme et la présence de la folie. Woolf, Goya, Bosch sont ainsi convoqués dans un maelstöm mimant une folie dévorante.

La dernière nouvelle : « Le vieil homme de la piazza » personnifie le langage qui est tour à tour traqué, usurpé et qui enfin disparaît. Le monde se fissure.

En dépit de tous ses aspects composites, ce recueil plein de fantaisie et de verve sonne comme un bilan de fin de parcours aux réflexions judicieuses. Il est empli de références culturelles tant cinématographiques (Satiajit Ray, Mizoguchi…), musicales (Ravi Shankar…) que littéraires (de Kafka à Calvino).

Les thèmes de la vieillesse, de la disparition et de la mort y sont omniprésents. Le temps presse ! C’est d’ailleurs le sens de la métaphore du titre du recueil que l’on retrouve dans la 1ère nouvelle « Dans le sud ».

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique : Le Couteau de Salman Rushdie sort en Folio. – ASIEXPO La Maison des Cultures Asiatiques

La onzième heure de Salman Rushdie, traduit de l’anglais par Gérard Meudal, 320 pages, 23 €, éd. Gallimard. En librairie depuis le 11 juin 2026.

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