Tsunami Trees de Naoya Hatakeyama paraît chez Light Motiv.

Originaire de la péninsule d’Hirota, dans la préfecture d’Iwate le photographe Naoya Hatakeyama nous présente son travail dans l’ouvrage Tsunami Trees, focalisé sur les conséquences du tsunami du 11 mars 2011 (1). Il s’intéresse, plus particulièrement, aux arbres comme son titre nous le stipule.

Dans les premières années du désastre, il est accaparé par les conséquences. De ce fait, il ne s’occupe que de sa ville natale Rikuzentakata où sa mère réside.

Cependant, face aux changements topographiques des lieux et à la mort programmée de nombreux arbres, le sel empoisonne les racines, il entreprend de prospecter la côte orientale de son pays. Il se lance alors à la recherche de vénérables survivants avant qu’ils ne disparaissent définitivement.

Ce qui le décide, en premier lieu, c’est la vision d’un noyer du diable, oni-gurumi, qui est littéralement coupé en deux. La moitié de sa frondaison est totalement morte. Seules les branches apparaissent dans leur désolation alors que l’autre moitié est couverte de feuilles.

« …j’ai eu la forte envie d’aller à la recherche d’arbres de ce genre… », nous rapporte-il avec circonspection dans son texte d’introduction.

Fort de ce “miracle”, et suite à un long itinéraire, il trouve des arbres réchappés de la catastrophe, mais pour combien de temps encore ? Le temps presse nous dit-il en substance.

L’élargissement de son champ d’action lui permet de témoigner des différents stigmates qu’a subis la végétation lors du déferlement.

En effet, sur ses photos, Naoya Hatakeyama nous dévoile des lisières de forêt totalement mortes, alors qu’un peu plus haut les mêmes essences resplendissent de santé. Cette destruction est un indicateur précis du niveau qu’a atteint l’océan pas si pacifique dans les terres. En d’autres endroits, il photographie de nombreux arbres toujours érigés, mais entièrement dépouillés de leurs feuilles le printemps venu. Ou bien encore, il se trouve confronté à des moignons. Si sur son parcours, il rencontre une désolation certaine, il sait aussi s’en amuser. À la page 71, il aligne un arbre mort avec un poteau électrique. Cet escamotage donne l’illusion que c’est l’arbre qui porte les fils.

Naoya Hatakeyama nous présente ses œuvres pleine page. L’agencement du livre est minimaliste. Un seul sujet sur fond blanc par page est offert au lecteur sans autre précision que la pagination. Toutes les photographies sont en couleur.

D’un format presque carré et de taille conséquente, plus qu’un témoignage, l’ouvrage nous offre un regard tendre sur l’impact du déferlement à jamais inscrit dans les chairs végétales.

En fin d’ouvrage, des planches contact accompagnées d’une carte de la côte Est du Japon permettent de situer les lieux où les victimes furent assaillies et meurtries.

Un ouvrage d’une sobriété éclatante qui n’a d’égal que sa pertinence mémorielle.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/les-fantomes-du-tsunami-de-richard-lloyd-parry-sort-chez-payot/

Tsunami Trees de Naoya Hatakeyama , 144 pages, format 25 X30 cm, 52 photographies, 45 €, éd. Light Motiv.

 

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