Kwaidan de Masaki Kobayashi

Un homme abandonne sa femme pour des rêves d’opulence, puis celle-ci acquise, regrettant son épouse, il retourne la chercher mais les retrouvailles vont vite s’avérer infernales… Deux hommes surpris par une tempête de neige rencontrent une femme démoniaque qui n’épargne le plus jeune que sur la promesse que celui-ci ne fasse jamais mention de ce qui lui est arrivé… Un moine aveugle conteur d’histoires est appelé chaque soir à la cour d’un jeune empereur décédé, ainsi que tous ses suivants, des siècles plus tôt… Un samouraï avale par bravade une âme surgit au fond de son bol de thé…

En quatre histoires distinctes, Kobayashi a parfaitement retranscrit non seulement l’esprit des légendes de fantômes japonaises, mais également l’essence même de l’art japonais. Les décors magnifiques de couleurs s’habillent de sobriété et émerveillent les sens par leur beauté multiple, notamment dans la deuxième et troisième histoire. Véritables peintures vivantes, les personnages y évoluent avec une grâce et une sensibilité rappelant parfois celles du théâtre Nô ou du Kabuki dont les décors s’inspirent.
Kobayashi n’hésite d’ailleurs pas à en narrer un long passage accompagné de koto, intercalant ici et là des images d’estampes japonaises.
A cet incroyable étalage d’esthétisme autant visuel que sonore viennent s’ajouter toute la poésie et le charme de ces vieux contes japonais, parfois terrifiants, emplis de fantômes et de démons où le surnaturel semble côtoyer intimement le quotidien.
Réaliser cette œuvre titanesque durant plus de trois heures, a nécessité un an de tournage et des années de préparation. Kwaidan semble être un grand cri de son auteur, comme pour intégrer au présent toute la richesse d’une culture en passe de se diluer dans le mondialisme, et comme une récompense, ce film dont l’authenticité et la merveille de l’art japonais ne sont plus à prouver, s’inscrit au panthéon des œuvres d’art.

Acteurs : Rentaro Mikuni, Keiko Kishi, Katsuko Nakamura

Éditeur :

Pays : Japon

Guillaume Tauveron