Kesengawa et Rikuzentakata de Naoya Hatakeyama sont parus chez Lightmotiv.

Le tsunami du 11 mars 2011 (1) n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre. Il est également l’objet de toute l’attention du photograph Naoya Hatakeyama. Il est l’auteur de trois ouvrages sur le sujet : Kesengawa, Rikuzentakata et Tsunami trees (2).

Dans le premier recueil, Kesengawa, il nous retrace, quelques jours après la catastrophe, son expédition improvisée à moto et sous la neige. Il part pour sa ville natale Rikuzentakata sur la côte du centre-est du Japon « … où quelque chose d’énorme est en train de se produire » nous dit-il dans son introduction. Bien sûr, le tsunami a frappé.

Au fur et à mesure de son avancée, il parvient à contacter ses deux sœurs par téléphone, saines et sauves, donc. Cependant, tous trois sont sans nouvelle de leur mère.

C’est à l’approche de Rikuzentakata qu’il apprend sa mort par noyade. Elle s’était réfugiée dans une salle des fêtes construite quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, nous raconte-t-il dans le second ouvrage Rikuzentakata. C’est le lieu désigné par les autorités du département d’Iwate pour protéger la population en cas d’urgence. Alors qu’à quelques minutes de marche du bâtiment un chemin grimpe dans la montagne, lieu infiniment plus sécurisant s’il en est.

Dans ce livre, l’auteur nous révèle ses réflexions. Il s’attarde sur la dépendance à la voiture dans nos sociétés modernes ou sur la fragilité géographique de toute la région côtière. Elle est constituée d’une multitude de rias dominées par de hautes falaises. Son état d’esprit rejette la mer. Jamais il n’emprunte la route près des plages. Il émerge de son texte une profonde désolation intime ainsi qu’une forte nostalgie. Toute son enfance est rattachée aux abords de la rivière Kesen.

Sous son regard impuissant, la montagne est arasée pour y construire des habitations pour ceux qui restent sur place. C’est la disparition du paysage de son enfance. En effet, les remblais sont acheminés vers la rivière par un immense convoyeur surnommé :« le pont de l’espoir ». La plaine est surélevée pour construire, là aussi, de nouvelles habitations. En quelques années, toute la rase campagne est enfouie sous des millions de tonnes de terre.

Les livres se divisent en deux sections distinctes. La destruction les relie. D’un format résolument vertical, Kesengawa s’ouvre sur la vie d’avant. Les photos nous exposent le quotidien des habitants, leurs fêtes ou des vues panoramiques de la ville ainsi qu’une multitude d’endroits pleins de vie. La seconde partie étale le désastre sans rien cacher. Des gravats atteignent le deuxième étage d’un immeuble. Ce qui en dit haut sur la taille de la vague. Une voiture cabossée gît en pleine forêt. Le choc issu des deux composantes nous laisse abasourdis.

Le deuxième ouvrage, Rikuzentakata, d’un format presque carré, montre en introduction d’autres photographies du désastre. Elles se passent de commentaire.

Puis, apparaissent les engins de terrassement. C’est la reconstruction. Un nouveau départ en attendant le prochain déferlement ?

Cet ouvrage nous laisse atterrés et fascinés par le dynamisme qu’il transmet. Comme à son habitude, la vie redémarre.

En fin de chaque recueil, des planches-contact nous indiquent le nom des lieux avec date et parfois une précision laconique.

Kesengawa couvre une période allant du 4 août 2002 au 3 avril 2011. Alors que Rikuzentakata témoigne d’une période allant du 19 mars 2011 au 26 juin 2016.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/les-fantomes-du-tsunami-de-richard-lloyd-parry-sort-chez-payot/
(2) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/tsunami-trees-de-naoya-hatakeyama-parait-chez-light-motiv/



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