Julien Fonfrede, directeur de la programmation asiatique du Festival Fantasia

INTERVIEW de Julien FONFREDE, directeur de la programmation asiatique du Festival Fantasia (un festival pas si éloigné, excepté en ce qui concerne le nombre d’entrées, d’Etoiles & Toiles d’Asie organisé par Asiexpo)

Bonjour Julien, tu es le directeur de la programmation asiatique au sein de Fantasia, comment en arrive-t-on là ?

Je suis un ex-parisien passionné de cinéma asiatique. Je passais pas mal de temps dans les vidéos clubs chinois tout en suivant des études de cinéma. Puis j’ai décidé de m’expatrier à Montréal. J’ai débuté en 1992 par un festival de cinéma chinois, et, la rédaction et la publication de Screen Machine, un fanzine consacré au cinéma asiatique.
En 1996, pour la première édition de Fantasia, Pierre Corbeil, le directeur de Vision Globale, une société de post-production canadienne, a fait appel à mes services afin d’écrire les textes du catalogue du festival. A l’époque, nous passions exclusivement des grands classiques du cinéma d’action et des arts martiaux.
L’année suivante, j’ai été intégré au sein de l’équipe.

Parle-nous maintenant du festival, comment s’effectue la programmation ?

Nous sommes quatre programmateurs, plus six consultants avec chacun sa spécialité. Il n’y a pas de comité de sélection, ni de censure excepté pour les films lents à tendance existentielle qui ne trouvent pas leur public à Fantasia.
Nous parcourons les différents festivals comme Cannes, Los Angeles, Vancouver, Rotterdam ou Hong Kong à la recherche des perles rares que nous souhaitons présenter à notre public.

Quelle est ta définition de Fantasia, son concept, son évolution ?

Fantasia est un festival de films de genre : action, érotique, horreur, fantastique, …
Dès la première édition, 55 000 spectateurs étaient au rendez-vous à notre grande surprise et à celle des médias.
Lors de la seconde édition, nous avons lancé une section internationale, qui nous a permis de montrer des films autres que de l’animation japonaise et des films de Hong Kong. Ce fut l’année de “Ashes of time” de Wong Kar-wai qui remporta le Grand Prix.
En 1998, nous atteignons les 72 000 entrées, avec une édition en parallèle à Montréal et à Toronto (35 000 entrées). Nous abandonnons progressivement la section panorama avec les grands classiques made in HK pour nous tourner vers les nouvelles tendances avec notamment “Swallowtail Butterfly”, nous sommes aussi les premiers à accueillir Johnnie To et sa compagnie la Milkyway.
1999 est l’année de “Ring” et de “Jin-Roh”. Nous abandonnons Toronto, trop lourd à gérer, et qui risquait de devenir concurrent au festival de Montréal. Notre politique de premières commence à porter ses fruits, certains distributeurs nous confient leurs films, en comptant sur l’impact de Fantasia auprès des distributeurs (cinéma et marché vidéo) et des médias.
Quant à cette année, 5e du nom, elle est la plus pointue et rend compte de la dernière actualité asiatique (presque tous les films sont des inédits et des premières nord-américaines des années 1999 et 2000)
Nous avons intégré une section comédie dans le cadre du festival “Juste pour Rire” qui nous permet d’élargir notre public.
Quant à l’évolution de Fantasia, chaque année, nous nous remettons en question et il est impossible de savoir ce qu’il en adviendra.
Tant que nous nous battrons pour des films et des cinéastes que nous aimons, il y aura un Fantasia.

Comment qualifiez-vous le public de Fantasia ?

Le public dépend des films projetés. Lors des premières éditions, il y avait un seul public constitué de fans et de jeunes. Au fur et à mesure, le grand public a commencé à mieux connaître le cinéma asiatique. Sans négliger les communautés asiatiques (chinoises, coréennes, japonaises) qui constituent à certaines séances une part non négligeable. Je pense qu’il y a un public par type de film. Mon grand regret est qu’il ne soit pas assez féminin.

Et le réseau de distribution des films au Canada, et en Amérique du Nord en général ?

Il n’existe pas ou si peu. Le public a très peu l’occasion de voir en salles des films asiatiques, et un peu plus en vidéo et DVD dans les grandes villes comme New York, Los Angeles ou Toronto.

Comment vois-tu l’évolution du cinéma asiatique à travers le monde ?

Il est de plus en plus dynamique, la tendance est au populaire et au commercial à la fois. Des réalisateurs comme Kitano et Wong Kar-wai, dans un autre genre font beaucoup, et leur succès dans les festivals européens et auprès du public est là pour en témoigner.
Je m’insurge contre certains médias notamment français qui annoncent que le cinéma de Hong Kong est mort et enterré ; ce n’est pas représentatif de ce qui se passe là-bas. Au contraire, la production n’a jamais été aussi bonne depuis la crise de ces cinq dernières années.
Les départs de John Woo et Tsui Hark ont permis l’émergence de nouveaux cinéastes. Le succès des équipes hongkongaises aux USA est dû à cette nouvelle esthétique, cette autre manière d’aborder l’action, de mettre de côté l’aspect réaliste. Peu importe la logique, pourvu que cela soit beau et que cela fonctionne.
Dans quelques années, on parlera de “l’internationalisation asiatique” que certains peuvent juger comme une perte identitaire ; je pense au contraire que le phénomène est positif. Un film de HK est un succès au Japon, un film japonais en Corée, … Et derrière le cinéma, il y a la culture.

Pour finir, quels sont tes cinq films asiatiques préférés ?

“Raining in the Mountain” (K. Hu)
“The Blade (T. Hark)”
“Full Alert”(R. Lam)
“La Barrière de la Chair” (S. Suzuki)
“Goyokin” (H. Gosha)

Pays : Divers

Jean-Pierre Gimenez