JU-ON 1 et 2 de Takashi Shimizu

Takashi Shimizu est un cinéaste particulier. Découvert par Kiyoshi Kurosawa en 1997, il réussit à mettre sur pied pour le marché vidéo le concept de Ju-on, qui deviendra plus tard la saga The Grudge reconnu internationalement grâce à ses remake américains.
Il convient de faire un petit rappel filmographique pour bien comprendre le rapport que Takashi Shimizu entretient avec sa saga. Il y a tout d’abord Ju-on puis Ju-on II deux films tournés pour le très prolifique marché vidéo nippon, ce qui veut également dire budget ultra réduit et métrage plutôt court. Ensuite, Takashi Shimizu réussit à vendre son projet pour le cinéma, il tournera ainsi logiquement deux remake de ses Ju-on sous-titrés de par chez nous The Grudge. Suite au succès de ses films et toujours soucieux de ne pas imposer à ses citoyens l’affront de leur faire lire des sous-titres, Hollywood demande à Takashi Shimizu, d’en faire un remake afin que les occidentaux puissent s’identifier à des blondes plutôt qu’à des brunes et par la même occasion de récolter quelques dollars sur le dos de The Ring (version US, vous suivez ?). Le succès étant au rendez-vous Takashi Shimizu rempile pour un second remake américain intitulé The Grudge 2.
Résultat des courses The Grudge c’est 6 films, 2 histoires et 1 réalisateur. Les Dvd édités par HK Vidéo proposent donc la version cinéma japonaise de Ju-on et sa suite mais aussi, considéré comme un bonus (probablement le bonus le plus intelligent vu depuis des années), les versions vidéo des deux films. On se retrouve donc avec les 4 premiers films de la saga.

Raconter l’histoire de Ju-on (les deux opus) est simple : une femme et son enfant sont assassinés, ils vont donc se venger sur les habitants de leur maison. L’originalité du parti pris de Takashi Shimizu est ici de décomposer son récit en six sketches. Pour les deux films, les segments n’ont à priori pas de lien entre eux, la finalité étant de provoquer une angoisse pesante et une frayeur fulgurante lorsqu’apparaissent les ectoplasmes. Pour cela, Takashi Shimizu est très fort, la bande son à elle seule provoque une chair de poule instantanée et les finals sans être des montagnes d’ingéniosité remplissent leur cahier des charges de train fantôme : susciter une peur attendue. Mais là où les films vont plus loin que la simple attraction style fête foraine, c’est dans le discours rampant social, pessimiste, développé plus ou moins finement mais donnant une épaisseur et donc une qualité absente des milliers d’ersatz de Ring que l’on a vu débarquer à la même époque. Takashi Shimizu se rapproche ainsi, toute proportion gardée, de son compatriote Kiyoshi Kurosawa dans son approche plus subtile du genre.
Il existe enfin un intérêt supplémentaire à voir la saga entière (remakes américains compris) car rarement un cinéaste n’aura eu la possibilité de créer de manière aussi obsessionnelle et sur autant d’œuvres (un The Grudge 3 est en préparation à Hollywood) une mythologie de la malédiction (par la répétition cyclique et l’omniprésence perpétuelle des films et donc des fantômes) comme l’a fait Takashi Shimizu.

Éditeur : HK Video

Pays : Japon

Emilien Baud