Hasekura, journal d’un samouraï au Vatican 1611-1620 de Lionel Crooson paraît chez Synchronique.

Le 1er août 1613, de petit capitaine d’un régiment d’arquebusiers, Rokuemon Hasekura se retrouve, par la magnanimité de son daimyô, promu ambassadeur du « royaume de Sendai ». Par ce roman fictionnel, Hasekura, mais tiré de faits authentiques, Lionel Crooson nous relate l’extraordinaire périple d’une délégation de chrétiens japonais envoyée auprès du pape Paul V pour lui faire allégeance. Le but pour les Dominicains espagnols est de créer un évêché au Pays du Soleil-Levant. Ils comptent damer le pion aux jésuites portugais (1) qui prolifèrent dans le Sud.

Si la réussite de la délégation auprès du Saint-Père est incontestable, au Japon, en parallèle, il n’en va pas de même. En effet, se sentant menacés par les pays catholiques au travers de ses propres convertis, les shoguns Tokugawa mènent sans état d’âme une répression sanglante. Elle culmine avec la révolte de Shimabara en 1637 où plus de quarante mille personnes périrent.

Dans ces conditions, comment à son retour l’expédition trouvera-t-elle à se faire entendre ?

La démarche romanesque de Lionel Crooson est très érudite. Il nous conte un voyage plus que périlleux au travers de deux océans et deux continents. Il se prolonge de 1613 à 1620. Il est rendu de façon la plus vivante qui soit par un nombre conséquent de personnages hauts en couleur. Les rivalités entre Espagnols et Portugais induisent une multitude d’embûches et traquenards que Hasekura et son conseiller spirituel Sotelo ont bien du mal à déjouer.

Le récit nous immerge admirablement dans le Japon tel qu’il était à l’amorce de son isolationnisme. Sa confrontation culturelle avec l’Occident exacerbe au mieux le choc de civilisation du moment. Notamment, en ce qui concerne les approches religieuses aux antipodes l’une de l’autre.

De plus, le style assez précieux, surtout dans le livre d’avant, nous plonge dans une histoire surannée, mais poétique à l’érotisme subtil. Sans oublier que ce passage est un vibrant hommage à l’écrivaine Murasaki (2) célèbre autrice du Dit du Genji.

Voilà un roman qui pointe juste pour qui veut une approche accessible, mais sérieuse du contexte religieux au début de la période Edo. Il est d’ailleurs sélectionné finaliste pour le prix Maurice Druon du roman historique 2026 ! Verdict le 18 juin…

Notons aussi, dans le même temps, la parution pour les plus jeunes, d’un magnifique album d’aquarelles d’Ai Nakamura. Pandas et Ours blancs rassemble les deux passions de cette artiste spécialiste du nihon-ga. Une douce merveille pour petits et grands assortie de stickers pour en profiter pleinement.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/europeens-et-japonais-de-luis-frois-est-reedite-chez-chandeigne/

(2) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/le-dit-du-genji-illustre-par-la-peinture-traditionnelle-japonaise-parait-en-coffret/

Hasekura, journal d’un samouraï au Vatican 1611-1620 de Lionel Crooson, 384 pages, 22 €, éd. Synchronique.

Pandas et Ours blancs d’Ai Nakamura, 144 pages, 16 €, éd. Synchronique.

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