Interview Marie-Claire Quiquemelle, spécialiste du cinéma d’animation chinois

Marie-Claire Quiquemelle, vous présentez aujourd’hui dans le cadre de l’édition 2007 du festival Cinémas & Cultures d’Asie un documentaire réalisé avec Julien Gaurichon : Rêves de Singe portant sur l’histoire méconnue des studios de Shanghai, dirigés par Wang Laiming et Te Wei. Quelle est la genèse de cette production française assez atypique sur un objet tout aussi rare qu’est l’animation chinoise ?
Il s’agissait d’un sujet qui me tenait à cœur. Julien Gaurichon m’a aidée à le réaliser. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Un premier volet documentaire d’une demi-heure est passé sur Arte [ndlr : Autour de l’animation chinoise : le secret de Te Wei sorti en 2004]. Le documentaire présenté aujourd’hui dure une heure.

Vous parlez d’ethnocentrisme, les studios de Shanghai pouvaient-ils rivaliser avec les studios Disney ?
Oui car ces films ont été peu diffusés en Chine. Il y a eu une grande campagne de rectification un peu avant la Révolution Culturelle. A ce moment, en 1964, les films trop artistiques et pas assez politiques étaient critiqués qualifiés de “bourgeois” alors, qu’ils permettaient aux habitants des campagnes de connaître les grandes œuvres.
Puis, il n’y a plus eu de diffusion et encore moins à l’extérieur du pays. Lorsque cette dernière a repris, le monde extérieur n’a vu que des choses totalement fausses. Un beau spectacle utopiste et romantique alors qu’on ne connaissait rien de la vie réelle des gens, relayé par les groupes d’idéologie maoïste en Europe, entre autres. Ces maoïstes étaient loin de la réalité.

On dit de la Chine du XXIe siècle qu’elle ne sera pas aussi rigide idéologiquement qu’aujourd’hui. La façade que la Chine donne à voir se désintégrerait-elle ? Le discours communiste n’est plus du tout en phase avec le comportement économique de la Chine. Qu’en pensez vous ?
L’idéologie maoïste n’est plus qu’un prétexte. Le parti communiste a gardé le pouvoir mais il est devenu capitaliste à outrance. C’est un capitalisme déguisé. Nous sommes peut être plus socialistes en France que l’on est en Chine. Le communisme chinois ce sont des mots creux. Il fut une époque où il a su unir la Chine, aujourd’hui, avec les inégalités il y a un vrai risque d’éclatement. L’idée d’une culture commune chinoise – ciment de la société – a été mise à mal par la marche forcée vers la modernité. Actuellement une partie de la population est déculturée tout en recevant des influences de cultures extérieures. Mais du fait de cette déculturation, ils ne savent pas quoi prendre chez ces “autres”. Leur culture n’est pas forte. C’était d’ailleurs l’idée de la grande Chine : intégrer des caractéristiques intéressantes à sa propre culture. C’est ce qu’a réussi le Japon quelque part.

Festival Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon
novembre 2007

Pays : Chine

Aina Rakotonindriana & François Bondiguel