Interview du délégué général du festival du cinéma chinois

A Paris, se tient actuellement la seconde édition du Festival du cinéma chinois dans les salles du MK2 – Bibliothèque. Du 1er au 7 mars, une quinzaine de longs et courts métrages, films de répertoire et contemporains, commerciaux et plus intimistes, sont présentés au public français. Une rétrospective du grand réalisateur Fei Mu (1906 – 1951), peu connu en France, marque le centenaire de sa naissance.
La première édition du festival avait vu le jour lors de l’Année de la Chine en France en 2004, lancée par des “amis” de la Chine pour qui il était indispensable d’organiser un échange cinématographique avec le pays si redouté par les médias et les élites françaises.
En effet, pour Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, acteur passionné par la Chine, Denna Gao, artiste peintre shanghaienne vivant depuis 20 ans en France et Matthieu Wolmark, documentariste passant son temps entre Paris et Pékin, le cinéma constitue l’un des meilleurs vecteurs d’échanges entre les cultures. Aidée par le spécialiste du cinéma asiatique Pierre Rissient, l’équipe se démène pour faire de ce festival un lieu de rencontres incontournable.
Une importante délégation chinoise composée d’actrices, de réalisateurs, d’un producteur, d’un scénariste mais aussi d’officiels (le représentant du Ministre de la Radio, du Film et de la Télévision de Chine, le directeur des affaires internationales des Archives du Film de Chine) donne à ce festival une réelle authenticité.

Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, délégué général du festival, nous parle, sur un ton impliqué et sincère de la Chine, de son cinéma mais aussi de cet examen de conscience que la France ferait bien d’entreprendre.

Qu’attendez-vous de ce festival ?

Une réciprocité : de la même façon qu’il y a un Panorama du cinéma français en Chine chaque année, nous souhaitons faire vivre la diversité culturelle autrement que par la vente de nos films à l’étranger. Nous essayons avant tout d’apporter une meilleure compréhension de visions et de cultures différentes… avant de critiquer. Le cinéma est un excellent véhicule pour le dialogue.
Nous présentons un large panorama de la production chinoise y compris des blockbusters comme Téléphone mobile de Shou Ji qui illustre un certain phénomène de société. La plupart des films n’étant pas distribués en France, nous espérons que certains comme Le Paon de Gu Changwei, Ours d’argent au dernier Festival de Berlin, ou Le silence des pierres sacrées du tibétain Wanma Caidan, récompensé au Festival de Pusan, et dont Abbas Kiarostami dit beaucoup de bien, trouveront un distributeur.
Nous organisons aussi des rencontres entre professionnels, et des rencontres officielles mais dans lesquelles nous n’intervenons pas.

Comment sont les relations avec les officiels chinois de la délégation ?

Extrêmement bien ! On peut tenir un rôle officiel, être gardien d’une institution et en même temps avoir une grande ouverture d’esprit. Le climat de confiance est là et une fois que la confiance est installée, tout va très vite…
C’est nous qui avons voulu ce partenariat. Beaucoup de suspicion pesait au départ sur notre démarche mais je vous confirme nous sommes tout à fait libres : nous avons nous-mêmes choisi les films et il n’y a eu aucune difficulté pour obtenir les copies.

Qu’évoquent pour vous les couvertures de journaux français titrant sur l’éveil de la Chine, marquées par la crainte ?

En France, nous avons un discours bien pensant, avec une grille de lecture caractérisée par un effet grossissant dont nous avons été victimes lors des émeutes de novembre dernier. Il serait bon pour nous d’en tirer des enseignements et d’être plus humbles. Cette lecture critique qui est notre faiblesse, est un problème et c’est à nous de le résoudre
La Chine est par ailleurs un pays absolument pas homogène, mais doté d’une grande diversité culturelle. Il ne fonctionne pas de façon centralisée comme on peut le penser. Au contraire je pense qu’il y a pas mal de pouvoirs locaux qui se développent.
La Chine a un parcours historique très différent du nôtre et on ne peut pas lui calquer notre grille de lecture. C’est un mode de pensée différent du nôtre et les Chinois sont assez grands pour savoir ce qui est bon pour eux. Nous n’avons pas à leur donner de leçons. Je crois qu’ils nous respectent beaucoup plus que nous-mêmes les respectons.

Qu’évoque pour vous le cinéma chinois ?

Il y a d’abord une grande diversité, un questionnement, une recherche. La Chine se pose en ce moment des questions. C’est pour cette raison, je pense, qu’il faut lui ouvrir grandes les portes. Il y a des signes tangibles d’ouverture de leur côté. Je reviens sur la relation de réciprocité qui est primordiale.

Avez-vous eu un coup de cœur particulier pour un film du festival ?

Oui, j’ai beaucoup aimé le film tibétain de Wanma Caidan, Le silence des pierres sacrées. Nous aimerions beaucoup lui servir de tremplin.

Dans quelle direction allez-vous diriger le festival ?

Désormais annuel, nous envisageons de lui donner plus d’ampleur, disposer de plus de relais du côté français et de l’étendre géographiquement. Nous voulons vraiment que les Chinois se sentent regardés et respectés.

Paris, le 3 mars 2006

Après le MK2 Bibliothèque, le festival du cinéma chinois est à Versailles du 6 au 12 mars 2006 au cinéma Le Roxanne.

Pays : Chine

Gaelle Thomas