Interview de Yu Hyun-mok

Le festival touche à sa fin et ce matin de novembre, j’ai rendez vous dans un hôtel du centre de Lyon pour interviewer Yu Hyun-mok (ou Yoo Hyun-mok), une légende du cinéma coréen qui compte 81 printemps dont la moitié consacrée au cinéma, réalisateur entre autres de Obaltan considéré comme le meilleur film coréen de tous les temps.
Sa carrière cinématographique se divise en deux parties : une première où il a traité des sujets très sombres comme la pauvreté et la désespérance et une seconde où son “cinéma reflète son âme”. La rencontre s’annonce passionnante. Je le salue, il sort son paquet de cigarettes, l’entretien peut commencer.


Quelles sont les différences majeures entre le cinéma de votre époque et celui d’aujourd’hui, notamment ce qu’on appelle “la nouvelle vague” du cinéma coréen ?
Un film comme Obaltan a coûté 40 000 USD. Lorsque des producteurs étrangers, notamment américains, sont venus en Corée après avoir vu le film, ils ont éclaté de rire. Pour eux, 40 000 USD correspond à leur budget cascades. Nous, nous étions très pauvres, on manquait de tout, de bobines, de matériel… Comme nous n’avions que très peu de bobines, il était impossible de refaire les scènes, c’était très stressant et c’est depuis cette époque que je fume beaucoup. Sur un autre de mes films La saison des pluies, le producteur voulait que ça aille très vite et j’ai dû filmer sans arrêt pendant vingt jours, j’ai même filmé en dormant lorsque j’étais trop fatigué pour faire une nuit blanche. Mais ma génération a malgré tout réalisé de bons films, c’était une grande période de création. Aujourd’hui, pour faire un film, les réalisateurs mettent un an, deux ans, parfois plus. Il y a de gros financements, le matériel est excellent et la technologie autorise tout. Les jeunes cinéastes coréens ont beaucoup d’idées nouvelles car ils côtoient d’autres cultures.

Quel regard portez vous sur le cinéma coréen actuel ?
A mon époque, les Japonais étaient très en avance sur nous, mais ça a changé. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les réalisateurs coréens sont invités partout, à Cannes, Venise, Berlin, … ils reçoivent des prix, ça en dit long sur leur niveau.

Entretien réalisé lors du 12e festival Cinémas & Cultures d’Asie (Lyon, novembre 2007).

Pays : Corée du Sud

Julien Glandut