Interview de Park Chan-wook

Quels sont vos premiers souvenirs de cinéphile ?
Mes premières influences ont été les films de James Bond, à l’école primaire. J’appréciais particulièrement ce monde idéalisé dans lequel se déroulait l’action. Aujourd’hui encore, lorsque j’écris un film ou que je visualise les prises de vues, 007 m’inspire. On y trouve toujours une sorte de prologue où l’on voit le protagoniste plongé au cœur de l’action. Avec mes yeux d’enfant, j’étais fasciné par cette confrontation immédiate, brutale, directe du héros avec son destin ; dès les premières minutes du film, il était placé dans des situations extrêmes où il jouait sa vie.

Est-il vrai que “Sueurs froides” a été le film qui vous a donné envie de faire du cinéma ?
Exact, c’est à la vision de ce film que j’ai su que je voulais devenir réalisateur. Pour autant, je ne suis pas fan de tous les films de Hitchcock. C’est surtout celui-ci, en particulier pour son côté surréaliste, que j’apprécie beaucoup. Je crois que je possède moi-même une touche de surréalisme dans mon sens de l’esthétisme, c’est pourquoi j’ai été très sensible au style du film, et qu’il est devenu une référence.


Après trois films assez durs, était-ce pour vous un besoin d’explorer un aspect moins sombre de l’âme humaine ?
J’ai l’impression d’avoir été trop longtemps submergé par le côté sombre de l’homme. Après avoir tellement exploré les profondeurs de l’âme humaine, les sentiments les plus malsains, j’avais vraiment besoin d’émerger de nouveau, de prendre une bouffée d’air. J’étais comme un plongeur qui aurait passé trop de temps en profondeur, j’avais besoin de lumière et de chaleur et c’est ce que “Je suis un cyborg” m’a apporté. Il était salutaire que je fasse ce film, et c’est pourquoi il représente beaucoup pour moi. Mais il ne constitue qu’un break, et non le début d’un nouveau cycle plus lumineux. J’espère à présent qu’avec la lumière qu’il m’a permis d’emmagasiner, je vais pouvoir plonger encore plus profond dans l’esprit humain.

L’auteur du récent massacre sur le campus de l’Université de Virginie, d’origine sud coréenne, était fan d’“Old Boy”, ce qui vous a valu quelques critiques. Comment avez-vous réagi ?
On trouve toujours des personnes pour dire que s’il n’y avait pas eu “Old Boy”, il n’y aurait pas eu ces crimes. Mais peut-on réellement imputer les actes d’une personne à un seul élément ? Ne sont-ils pas plutôt dus à une multitude d’influences, et à toute une facette de sa personnalité, qui peut certes découler de ces influences ? “Old Boy” est peut-être l’une d’entre elles, et cela me rend bien sûr immensément triste. Je pense cependant que comme souvent, le rôle qu’a pu jouer mon film a été sur-médiatisé et exagéré.

En Occident, le cinéma coréen est surtout vu du grand public comme un cinéma d’action, un cinéma choc. Regrettez-vous cette vision réductrice ?
C’est vrai… mais j’aimerais vous retourner la question : qu’est ce qui fait que le public occidental est plus attiré par les films d’action, violents, sombres, alors qu’il en existe tant d’autres dans le cinéma coréen ? Mon dernier film, “Je suis un cyborg” traite de chaleur humaine et de tendresse, et cela me rassure de voir qu’il suscite malgré tout de l’intérêt !

Quels sont vos projets immédiats ?
A vrai dire, ils se résument à quelque chose de très proche… je me demande si un réalisateur est capable d’envisager son avenir au-delà de son prochain film. Cela est particulièrement vrai pour moi en ce moment, puisque entre deux projections ou deux interviews, je m’attelle à l’écriture de ma nouvelle réalisation. Song Kang-ho y interprétera un vampire, mais on sera loin d’un film d’horreur. Il s’agira d’une histoire assez intimiste et perturbante… ce sera sûrement le film de vampire le plus éloigné des clichés habituels du film de vampire ! Vous voyez donc que mon avenir proche est tellement proche que je suis plongé dedans !

Propos recueillis au 7e Festival du Film Fantastique de Neuchâtel
Remerciements à Florence Michel du NIFFF, Yanick, Alexandre, Sivan et Jean-Yves.

Juillet 2007

Pays : Corée du Sud

Benjamin Leroy & Pierre Farigoules