Interview de Ashutosh Gowariker

Sortie en Inde 15 juin 2001, Lagaan a été un immense succès ralliant le public et la critique. Il est entré dans la catégorie des plus grands succès de toute l’histoire du cinéma Indien. Lagaan a obtenu sept prix lors de la cérémonie des Oscars indiens 2002, une nomination dans la catégorie “meilleur film étranger” Oscars 2002, ainsi que le prix du public au festival de Locarno 2001. Jamais un film commercial indien n’avait connu tel succès aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. C’est la première fois qu’un film indien intègre le top ten britannique. Tony Blair s’est d’ailleurs fait projeter le film, et a rencontré Amir Khan. Ce dernier a également envoyé une copie du film aux nouvelles autorités afghanes.

AG Cette aventure a commencé en 1996. J’ai fait le tour de toutes les sociétés de productions de l’Inde avec le script de Lagaan. Tous les producteurs que j’ai rencontré ont refusé de produire le film sous prétexte que c’était un film d’époque, que l’histoire ne pouvait pas se vendre, que ce film ne tenait pas debout…Je suis alors venu voir Amir Khan qui aime l’originalité. Mais il n’a pas aimé l’histoire à la première lecture. J’ai dû retravailler le scénario et ce n’est qu’après la seconde narration qu’il a vu où je voulais en venir, car il y a beaucoup de symbolisme dans ce scénario. La complexité vient du fait que Lagaan est une combinaison de plusieurs genres: c’est un film d’époque, c’est un film sur le sport, on y retrouve la romance, le drame, et l’humour. Je lui ai décrit les différents parallèles avec astérix et là ça lui a plu !

-Même si Lagaan n’est pas un « bollywood ou un masala » film, il y a des séquences avec des chants et des danses qui rallongent la durée du film. Est-que un handicap d’avoir ces séquences ? L’an dernier, la ministre de la culture française disait que les films indiens marcheraient mieux s’ils n’étaient pas aussi longs.
AG lorsque nous voyons des films français, américains ou anglais en Inde, nous savons d’avance que ce seront des films d’environs une heure et demi à deux heures, qu’il n’y aura pas de chansons et nous respectons ces données…de la même façon, ceux qui veulent regarder des films indiens (sauf certains films d’art et d’essai) devraient savoir qu’il y aura des chansons, que la durée sera au minimum de trois heures. C’est un genre bien de chez nous. D’ailleurs, lors de sa projection au festival du film de Locarno, pendant les séquences de danses les journalistes Américains, Anglais, Suisses, Allemands et Français applaudissaient et dansaient dans les allées. Et puis on a reçu le prix du public à Locarno. Les chansons et les danses font partie de la culture indienne, l’essence même du film indien.

-Si l’occasion se présentait à vous, avec quel réalisateur français souhaiteriez vous travailler ?

AG (sans hésiter) le nom qui me vient à l’esprit, c’est celui de Luc besson. Je suis un grand fan des films de Besson. J’ai toujours été intrigué par les nouveaux mondes qu’il a crée dans ses films et je l’en remercie. J’adore ses films car il a apporté une nouvelle dimension au cinéma français. J’aurais adoré lui montrer Lagaan et d’avoir ses impressions sur le film. Son travail est une grande source d’inspiration pour les jeunes cinéastes indiens.

-Suite au succès de Lagaan, avez-vous reçu des scénarios d’hollywood et d’Europe ?
AG (rigole) oui, j’en ai reçu une dizaine dont un d’un producteur français, mais, chut, je ne peux rien révéler pour le moment.

Pays : Inde

Sonia Rannou