INFECTION volume 1 de Tôru OIKAWA

Porté par un cinéma de genre le mettant de manière récurrente au goût du jour, en fonction de l’air du temps, le zombi erre de nouveau dans les rayons de la pop-culture depuis quelques années. Le manga n’est pas épargné par la contamination, avec des titres plus ou moins portés sur l’action ou le graveleux, de Highschool of the Dead à I am a Hero. Continuant d’entretenir ce soufflé avant qu’il ne retombe, les éditions Delcourt-Tonkam nous proposent en ce début d’année 2018 un nouveau titre : Infection. Scénarisé et dessiné par Toru Oikawa, un illustre inconnu dans nos librairies jusqu’alors, ce seinen est publié depuis 2015 dans le magazine Pocket de Kôdansha, pour un total à ce jour de neuf volumes parus.

Lycéen banal, mais plutôt beau gosse, Haruki n’ose pas s’avouer à lui-même l’amour qu’il porte à Satsuki, son amie d’enfance. Ses amis décident de brusquer le destin, en les enfermant tous les deux dans la réserve de l’établissement. Premier problème : à l’intérieur ne se tenait Satsuki, mais une autre élève, Kirara, avec qui Haruki a du mal à sympathiser. Deuxième problème : ses amis tardent à le libérer, et les heures passent… jusqu’au lendemain. Les deux infortunés parviennent à se libérer par eux même, mais ils constatent qu’il n’y a plus personne dans le lycée… et quand Haruki finit par croiser une de ses amies, celle-ci déambule étrangement, a les yeux remplis d’asticots, et cherche à lui sauter à la gorge !

Hormis le parti pris graphique de la profusion d’asticots, Infection a bien du mal à se distinguer du tout-venant survival/zombie. Les deux protagonistes se battent pour leur vie, jusqu’à la submersion, et au sauvetage in-extremis par d’autres rescapés. Des contaminés aux sacrifices héroïques, le récit enfile les écueils comme des perles. La narration prend tout de même le temps de s’arrêter sur certains passages afin de glorifier ses héros éphémères, mais cela est une bien maigre consolation lorsque d’autres arguments pèsent plus lourd du mauvais côté de la balance.

En effet, l’autre « originalité » d’Infection provient de son côté ecchi profondément vulgaire. Dans ce premier volume, cela est incarné par Kirara, la partenaire impromptue du héros. De sa première séquence de pipi dans une bouteille (sic), la demoiselle se retrouve rapidement dépourvue de sa jupe de lycéenne, pour se retrouver le cul à l’air pour tout le reste du tome. Et comme si ce n’était pas assez ridicule, l’auteur nous fait profiter de son généreux fessier via les angles de vues les plus graveleux possibles ! De même, d’autres archétypes sont effleurés : la copine sérieuse à gros seins, la petite sœur pour les amateurs de lolicon, avec Satsuki en Saint-Graal ultime… alors, qu’au fond, l’auteur a à peine évoqué l’attirance entre elle et le héros. Au final, on aurait aimé que ce titre ne vienne pas infecter nos librairies, déjà bien trop riches en nanars horrifiques et érotiques du même acabit.

Alain Broutta

INFECTION (—) volume 1 de Tôru OIKAWA (2015)

Horreur/Action/Ecchi, Japon, Delcourt/Tonkam seinen, janvier 2018, 192 pages, livre broché 7,99€