Il faudra beaucoup de patience au lecteur pour connaître le fin mot de l’histoire du dernier thriller Tokyorama de Jean-Christophe Grangé.
Fort de 544 pages divisées en 140 chapitres, l’auteur nous immerge dans le monde interlope tokyoïte. À la lecture du roman, on ne sait plus si on est alléché par les tentatives de résolution des multiples intrigues ou par l’immersion oppressante de l’univers nippon tellement ces deux composantes architecturent le tout.
Stéphane Madryka est un détective privé français expatrié à Tokyo depuis plus de 10 ans. Pour son travail, il surveille un client qui fréquente le Queendom, un kyabakura, bar à hôtesses du quartier de Roppongi. Par hasard, mais de sa propre initiative, il enquête sur le meurtre d’un des clients poignardé et défiguré dans ce même lieu.
Il écluse presque autant de bouteilles d’alcool qu’il fantasme sur de fausses pistes qu’il suit avec détermination. Ce qui n’arrange pas la police locale, car elle se fie à lui. Jusqu’au jour où les éléments criminels se mettent en place, mais il se retrouve tout seul à les résoudre.
Le récit est mené à cent à l’heure. Il nous entraine inexorablement de plus en plus bas dans la dépravation des individus que le détective traque. Cela va du shibari (le bondage) jusqu’à des établissements qui mettent en scène la tentation de la pédophilie avec les chika Idols (les Idols underground). Dans la capitale, On trouve tout pour satisfaire les phantasmes sexuels de chacun, nous enseigne l’auteur. Ce qui, peut-être, incite notre héros à ralentir sa consommation de boisson jusqu’à chercher à se sevrer, tant le dégoût le sature.
Mais ce qui, plus que tout, ressort de ces méandres scabreux de la nature humaine, c’est l’ensemble de la codification des usages et traditions des relations entre Japonais. Les étrangers comptent à peine pour eux. Chaque détail, attitude, parole suit un processus de contrainte et de soumission qu’au grand jamais, il ne faut transgresser. Sous peine de rejet.
Au travers du reigi, le respect des bonnes manières, Jean-Christophe Grangé nous les présente sur quatre pages interminables « …elles sont pléthoriques, et même névrotiques. Et surtout non négociables. » nous affirme-t-il.
Pour respirer un peu, l’auteur nous fait partager sa bonne connaissance de l’art allant de Brancusi, à Burren ou Toroni.
Un roman rédigé pour les amoureux des us et coutumes du Japon. Quant à l’aspect des mœurs, nous laissons à chacun le loisir d’apprécier l’étendue du catalogue nippon.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Tokyorama de Jean-Christophe Grangé, 544 pages, 22,90 €, éd. Albin Michel. En librairie le 30 septembre 2026.

