COMME UN GARÇON tome 1 de JENNY (2016)

Découverte avec Pink Diary en 2006, la dessinatrice Jenny fait les beaux jours de l’éditeur Delcourt, autant au format manga (Sara et les contes perdus) qu’au format BD franco-belge (Mathilde). Poursuivant en parallèle le parallèle « Missions » de La Rose Ecarlate, sur un scénario de Patricia Lyfoung, Jenny propose en 2016 un nouveau titre où elle est de nouveau seule aux commandes : Comme un garçon. Et sans tomber dans le ringardisme de Sylvie Vartan, l’artiste y explore un sujet vieux comme le monde : le travestissement et la guerre des sexes.

Depuis le remariage de sa mère, la petite Charlotte, ou Charlie, poursuit un jeu trépidant avec son frère par alliance, Xavier. La moindre situation est prétexte à un pari, le perdant devant se soumettre à des gages toujours plus inventifs. Douze ans après leur première rencontre, les voilà sont en âge de partir à l’université. Xavier affirme en avoir assez de ces paris puérils, mais il soumet sa sœur à un gage ultime : elle devra se faire passer pour un garçon durant toute son année de fac ! Hésitante, Charlie finit par relever le défi, pour ne pas passer pour une incapable. Mais dans un dortoir universitaire réservé aux garçons, ou la promiscuité est de mise jusque dans les douches, combien de temps son secret mettra-t-il à s’éventer ?

Le genre de la comédie sentimentale basé sur le travestissement, voire l’échange de corps, est un classique dans la bd japonaise, section shôjo. Derrière Comme un garçon, on ressent l’influence de ces titres, mais la transposition à un univers étudiant et occidental s’avère très efficace. En outre, on s’attache très rapidement à Charlotte et Xavier, par une introduction rythmée qui pose les bases de leurs défis. Puis, Jenny nous suggère l’origine de l’excès d’orgueil de son héroïne : l’absence de son vrai père, qu’elle appelait à l’aide constamment dans sa petite enfance. Depuis son départ, Charlie s’est juré ne plus jamais dépendre de personne, et de franchir seule tous les obstacles qui se dresseront devant elle.

La seconde partie du tome occulte quelque peu Xavier, tandis que Charlotte se familiarise avec son nouveau contexte quotidien : on fera ainsi connaissance de son colocataire Gabriel, du caractériel Amaury et de sa sœur Héloïse, qui flashera sur notre héroïne alors grimé en garçon. Les quiproquos seront bien évidemment de mise pour diverses scènes, d’abord comique, mais déviant doucement vers un soupçon d’érotisme. Malheureusement, ce premier tome s’encombre d’une « machination » fomentée par Gabriel, dont on ne connaît pas encore le sens, mais qui cherche à s’imposer comme cliffhanger au volume. On reste seulement sur notre faim, tandis qu’il y avait de bien meilleures situations à explorer.

Toutefois, la lecture reste rafraîchissante, et cela est dû en grande partie au style de l’auteur : les personnages sont assez attachants, avec des expressions naturelles qui oscillent entre un trait réaliste et comique, voire super-deformed. La coloration emploie quant à elle une palette de couleurs chaudes rappelant un parfum de rentrée et de nostalgie, et sublime les séquences les plus sulfureuses. Bref, ce premier volume de Comme un Garçon est plutôt sympathique, mais aurait gagné à être un peu plus dense en terme de scénario. De quoi ouvrir l’appétit, mais sans nous rassasier.

Alain Broutta

COMME UN GARÇON (—) tome 1 de JENNY (2016)

Comédie/Romance, France, Delcourt, août 2016, 48 pages couleurs, livre broché 10,95 euros