Ga-nime : la révolution de l’animation japonaise. Rencontre avec Toei Animation.

Pour ses 50 ans, Toei Animation lance un nouveau concept d’animation totalement novateur : le Ga-nime. Cette nouvelle forme d’expression utilise toutes les facettes du dessin, de la peinture, de la photographie, de la poésie, de la musique et de l’animation pour mettre en scène une histoire et une musique inédites. Contrairement à l’animation traditionnelle qui est en mouvement, le Ga-nime est constitué de plans fixes qui permettent à l’artiste d’exprimer toute sa créativité.
Après le Festival International du Film d’Animation d’Annecy en juin 2006 où fut présenté Fantascope de Yoshitaka Amano, les producteurs des Ga-nime de Toei Animation ont choisi Lyon, et plus particulièrement son festival Cinémas & Cultures d’Asie et la Japan Touch pour présenter sept de leurs ga-nime pour la première fois hors du Japon. Rencontre.

Fantascope Tylostoma de Souichi KIMURA, avec le character designer des jeux vidéo de la série Final Fantasy, Yoshitaka AMANO.
Strange Tales of Modern Mysterious Events de Toshiyuki KIMURA, inspiré de six légendes urbaines japonaises.
Yoh Shomei Museum Line de Yuu NAKAI.
Goutte de rosée de Shiro SANO, photomontage de photographies du célèbre photographe japonais Shoji UEDA.
La grenadière de Koji FUKADA, inspiré du roman éponyme de Balzac.
L’écolière de Shutaro OKU, inspiré du célèbre écrivain japonais Osamu DAZAI.
La Ville des Chats de Shojiro URAHARA, tiré d’une histoire originale de l’écrivain japonais Sakutaro HAGIWARA.

Quel public ciblez-vous à travers ces oeuvres ?
Notre cible est large, nos Ga-nime s’adressant à un public entre 15 à 77 ans. Nous souhaitons toucher aussi bien les fans d’un artiste en particulier, que ceux curieux vis-à-vis de l’image et sensibles à l’art. Nous ne ciblons pas particulièrement un public de dessins animés, mais plutôt des jeunes curieux, des cinéphiles, des passionnés de peinture ou de photographie.

J’ai l’impression que le Ga-nime se destine plus à un public adulte, non seulement par le choix des titres : La ville des Chats et L’écolière, par exemple, sont inspirés de deux romans d’auteurs japonais connus. Il y a également le style, qui demande une participation active du spectateur pour entrer dans l’univers de chaque créateur…
Il est vrai que le Ga-nime ne s’adresse pas aux enfants, mais plutôt à des adultes qui ont grandi en regardant les séries d’animés de Toei Animation. Nous espérons qu’ils se retrouveront dans ces œuvres qui traitent de thèmes universaux. Mais encore une fois, nous tentons de toucher un public curieux et ouvert à de nouveaux concepts d’animation.

Le Ga-nime reste très lié à la culture japonaise : Mysterious Events s’inspire de six légendes urbaines japonaises ; L’écolière relate le quotidien d’une jeune fille pendant la guerre. Une culture, que l’on retrouve également à travers les choix artistiques : le Ga-nime est très contemplatif et très épuré dans la forme. Pensez-vous pouvoir toucher un public international de cette manière?
Même si le Ga-nime est lié à la culture japonaise, il privilégie avant tout l’univers et le point de vue d’un artiste. Ensuite, nous pensons aborder des thèmes universaux avec une sensibilité propre qui constitue une caractéristique. Les différents arts sont très importants, comme par exemple la littérature. Grâce aux plans fixes, l’auteur peut déployer sa propre créativité. Il a une totale liberté d’interprétation. L’écolière peut ainsi être vu comme un témoignage, un documentaire sur le quotidien d’une petite fille japonaise pendant la guerre. Le public est peut-être plus ciblé, mais les thèmes demeurent universaux.

Quel a été l’accueil du public japonais ?
Très bon. Nous espérons recevoir un même accueil en Europe.

Comment ressentez-vous l’accueil du public français ?
C’est très impressionnant, parce que c’est la première fois que les Ga-nime sont montrés au cinéma à l’occasion du Festival Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon. A l’issue de cette projection, nous avons été très touchés par l’intérêt porté par les spectateurs français. Outre l’appréhension de se dire qu’il ne s’agit pas d’une projection habituelle, ils se sont montrés très curieux. Nous sommes très contents et cela nous encourage à leur faire découvrir d’autres Ga-nime.

Vous songez donc à présenter d’autres Ga-nime en France ?
Certainement. Les Ga-nime ont reçu un bon accueil à Annecy et à Lyon. Le public a vraiment été touché et notre objectif est d’éditer des Ga-nime en DVD, pour que le public puisse les apprécier chez eux.

Pourquoi les Ga-nime sont-ils tous des moyens métrages (entre 24 et 48 minutes) ?
Nous pensons que le format 40 minutes est le plus adapté au Ga-nime. Cette durée représente un travail énorme pour l’artiste, ne serait-ce qu’au niveau des images à fournir, il peut accorder un soin tout particulier aux trois thèmes qui caractérisent le Ga-nime. Le spectateur, lui, est à même d’apprécier le Ga-nime sous un format moyen.

Interview réalisée par Hélène Rapillard en novembre 2006 à l’occasion du 12e Festival Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon.

En février 2007, 7 Ga-nime seront présentés à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Pays : Japon

Hélène Rappillard