Crush de Momo Yamaguchi paraît aujourd’hui chez Actes Sud.

Au moment où le mot entre dans le Larousse 2027, Momo Yamaguchi en fait le titre de son premier roman : Crush. Nous y suivons les vicissitudes d’une jeune femme japonaise, Mika. Physiquement assez quelconque, selon ses dires, sa description d’elle-même en première page en dit long sur la façon dont elle se considère. Tout le reste de sa vie est à l’aune de ce constat négatif.

Elle mène une vie plus que banale et s’en plaint. D’autant plus que les deux hommes qu’elle aime ne le lui rendent absolument pas. Tout comme son travail qui la cantonne à un rôle de quasi geisha. Seules quelques amiese change assez souvent, d’ailleurs, lui permettent de passer quelques week-ends un tant soit peu agréables.

Comme on le constate très vite, l’essentiel de sa vie défile sans grand intérêt. Cependant, quelques notions sociétales émergent de ce magma morose. Elle les conceptualise assez judicieusement au hasard des circonstances. Notamment, celle sur le patriarcat indécrottable des Japonais et elle tape juste.

Pour mettre un peu de piquant dans sa vie, Mika invente des scènes de film. Elle les tourne à son avantage dans sa tête, car très souvent, elle subit sa condition d’être inférieur que son entourage lui assène sans modération. Sur le plan sexuel, elle ne peut guère se vanter, contrairement à ses amies. Cependant, elle réalise parfaitement le problème. Si elle n’est pas épanouie, c’est surtout que ses partenaires ne connaissent rien à la gent féminine.

Tout cela ne fait pas une vie, mais elle s’en contente.

Le style est alerte et l’autrice ne mâche pas ses mots. De la part d’un personnage masculin, on aurait tendance à le considérer comme un beauf sans guère d’intérêt. Venant d’un personnage féminin, cette attitude démontre toute sa fragilité. Sans parler de son isolement dans une société qui ne lui pardonne rien, surtout pas d’être une femme.

La traduction de Mathilde Janine, nous immerge à merveille dans l’esprit ravageur de Mika.

À noter, aussi, la très belle couverture de l’ouvrage on ne peut plus sobre, mais suggestive à souhait. Elle attire l’œil pour définir au mieux ce roman iconoclaste et espérons-le, pas trop personnel pour l’autrice.

Dans le même temps paraît aussi chez Actes Sud un autre 1er roman. C’est celui de la  scénariste taïwanaise Katniss Hsiao qui s’essaie avec succès au thriller olfactif, pourrait-on dire, avec Avant d’être des monstres, dans la collection actes noirs. Cette dernière fête par ailleurs ses 20 ans avec un programme de festivités à retrouver sur le site.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Crush de Momo Yamaguchi, 336 pages, 22 €, Avant d’être des monstres de Katniss Hsiao, 464 pages, 23.50 €, éd. Actes Sud. En librairie le 13 mai 2026.

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