Il convient d’emblée de rappeler que les deux pays les plus peuplés de la planète se situent en Asie. Mieux encore, une frontière commune les place face à face dans une rivalité territoriale qui, en ce premier quart du XXIe siècle, demeure toujours aussi tendue.
C’est précisément cette réalité complexe qu’Emmanuel Lincot s’attache à éclairer, par une analyse approfondie et nuancée, dans son ouvrage Chine-Inde, la guerre des mondes.
En effet, près de 4000 kilomètres de frontières sont aujourd’hui contestés entre ces deux États-continents. Les principaux différends portent sur les régions de l’Aksai Chin et de l’Arunachal Pradesh : la première est administrée par la Chine, la seconde par l’Inde. Or, les négociations piétinent, et les deux puissances s’accommodent d’un statu quo dont aucune ne se satisfait réellement.
Par ailleurs, bien que les deux géants affichent une certaine convergence au sein des BRICS, les tensions restent vives entre eux. Ainsi, en 2020, plusieurs affrontements violents ont rappelé la fragilité de cet équilibre précaire.
À cela s’ajoute un autre sujet d’inquiétude majeur pour New Delhi : les aménagements hydrauliques entrepris par Pékin sur des fleuves transfrontaliers comme le Brahmapoutre. Destinés notamment à soutenir les besoins en irrigation de régions arides, ces détournements affectent directement les ressources en eau disponibles pour l’Inde.
Dans ce contexte, la menace la plus stratégique pour cette dernière réside sans doute dans le réseau d’alliances que la Chine tisse autour d’elle : du Pakistan au Bangladesh, en passant par le Myanmar et le Sri Lanka. Cette dynamique s’inscrit dans le projet des nouvelles routes de la soie, auquel s’ajoutent l’implantation de bases militaires et l’acquisition de ports, contribuant à une forme d’encerclement progressif du sous-continent.
Dès lors, on mesure combien les sources de tension entre ces deux géants sont multiples et profondément enracinées, rendant toute résolution rapide peu probable.
L’ouvrage, dense et rigoureux, ne se limite toutefois pas à la seule question frontalière. Il propose une immersion riche dans les dimensions historiques, politiques et culturelles des deux nations, sans jamais perdre en clarté.
Ainsi, le lecteur saisit avec finesse les forces et les vulnérabilités de chacun des protagonistes dans ce face-à-face feutré, comparable à un duel à fleuret moucheté.
En définitive, il s’agit d’un panorama particulièrement éclairant de relations sino-indiennes marquées par une rivalité pesante, alors même qu’une entente serait porteuse de bénéfices considérables, tant pour les deux pays que pour l’équilibre mondial.
À noter chez le même éditeur, le livre édifiant de Xavier Raufer : Jeffrey Epstein, l’âme damnée de la IIIe culture. C’est l’ouvrage indispensable pour qui veut connaître l’ampleur des ramifications du pédocriminel tant aux USA qu’en Asie (Israël et Arabie Saoudite). Même si en France, l’affaire est glissée sous le tapis par les marionnettes de l’oligarchie. Aurait-elle à craindre quelque chose ?
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Chine-Inde, la guerre des mondes d’Emmanuel Lincot, 304 pages, 22,90 €, éd. du Cerf.
Jeffrey Epstein, l’âme damnée de la IIIe culture, de Xavier Raufer, 280 pages, 22 €.


