Bonne année du cochon

Patricia, après avoir évité de sombrer dans l’alcoolisme, la poussière, et le spectacle vivant, nous initie au mécanisme d’ouverture d’un grand hôtel en Chine, en revenant sur quatre mois de “chinitude”.

Cela fait presque une semaine maintenant que j’ai commencé un mail pour raconter la suite de mes aventures en Chine. Ca démarrait par :

BONJOUR A TOUS! XIN NIAN KUAI LE, Bonne année du cochon, c’était plein de style et de brillance (si, si) et ça faisait suite à une myriade de mails, individuels et collectifs – que je n’ai malheureusement jamais envoyés qu’en intention. Il paraît que c’est l’intention qui compte, mais tout de même. J’admets qu’il faut de temps en temps passer à la matérialisation. Surtout que, dans l’histoire, j’ai bien 4 mois à matérialiser !

Donc, étant renommée pour mon esprit éminemment logique et ordonné, j’irais presque jusqu’à dire mathématique, je m’en vais vous faire un compte rendu circonstancié ET chronologique de mon séjour en terre chinoise.

Juillet – mi septembre : en y resongeant, plus ou moins des vacances, à cela près qu’il me fallait être présente dans une salle de cours durant 8 à 9 heures par jour, soit pour y recevoir des cours (en chinois : donc une bonne occasion de compter les taches au plafond, relativement peu soit-dit au passage, ledit plafond étant neuf), soit pour y donner des cours d’anglais, et d’hôtellerie. On pourrait presque dire : des cours de logique : non, on n’insulte pas un client ; oui, si on ne sait pas quelque chose, on fait patienter le client et on va vérifier avant d’avancer une réponse. Ca parait simple, ça ne l’est pas.

De fait, avouer que l’on ne sait pas une chose, ou que l’on n’a pas compris, pour un chinois, relève du domaine du quasi impossible. Cela s’appelle au choix perdre la face ou la faire perdre à l’autre (sous entendu : il s’est mal exprimé), et dans les deux cas, ça ne se fait pas. Mais par contre, ça pose quelques problèmes : j’ai dû répéter 15 fois par jour minimum : si vous n’avez pas compris, faites répéter le client, demandez-lui de parler moins vite, de dessiner, n’importe quoi, mais surtout ne dites pas “oui, oui”, alors que n’avez pas la moindre idée de ce que vous allez faire ensuite. Le client préférera répéter que, par exemple, attendre en vain un peignoir parce que vous n’aviez pas compris que c’était ce qu’il voulait. Un réel challenge. Ceci dit, rien ne vaut un peu de pratique (2, 3 clients qui s’impatientent) pour faire comprendre la leçon. Enfin en attendant, en tant que “prof”, c’est une attitude extrêmement énervante, dans la mesure ou les “élèves” laissent parler, parler, et lorsqu’on leur demande : “avez-vous compris… ? ” “Oui, oui”, “bon, ben faites le”. Et là, silence, et tout le monde qui se regarde dans le blanc des yeux. aïe ! aïe ! aïe !

Bref. Une fois le temps réglementaire de présence effectué, sorties et soirées au barbecue le plus proche pendant la semaine (bière, baijo et trucs plus ou moins identifiables grillés, plus pâtes, le tout accompagné de divers jeux : dés, le “0,0,Seven”, … ) ; ou au restaurant pour les grandes occasions (bière, baijo et trucs plus ou moins identifiables marinés, plus riz, et jeux mais sans les dès ou karaoké). Le week-end : généralement restaurant “non chinois”, pour changer un peu et pour obtenir sa ration hebdomadaire de protéines, vitamines et chocolat ; puis bars (tout sauf de la bière).

Mi septembre, mi novembre : promue au rang de “supervisor”, donc la même chose, moins la partie “réception” de cours. Juste donner des cours d’anglais, 4h à 5h par jour, et le reste du temps, essayer d’occuper mes futurs réceptionnistes de façon à ce qu’ils s’ennuient un peu moins que moi. Et faire en sorte que d’autres personnes trouvent leurs journées intéressantes est loin d’être tâche aisée ! C’est comme ça qu’on se retrouve à organiser des courses au trésor dans l’aéroport… sous prétexte de faire connaître le bâtiment aux employés, dans l’espoir qu’ils pourront ensuite passer des informations adéquates aux clients. Pour l’instant, c’est déjà un miracle qu’on en ait pas paumé un au passage, mais bon…

Plus 1 ou 2 heures par jour à préparer les cours, les exams et les corrections d’exam. Une vraie prof, on échappe difficilement à ses gènes. Les 2 , 3 heures restantes ? Probablement à boire du thé brûlant sans me brûler, et en faisant le plus de bruit possible.

Et les soirs et week-ends, ma fois, à peu près le même rythme que les mois précédents.

Mi novembre, mi décembre. aïe ! aïe ! aïe ! Là, je vais m’autociter, puisque j’avais écrit ce mail début décembre :

“Désolée pour ce loooonnnng silence… je suis pas mal occupée en ce moment: Je récure des parquets chinois, c’est sympathique. Nous sommes entrés dans l’hôtel, et c’est le grand ménage. Le problème, c’est que comme ils continuent de construire en même temps, ils remettent de la poussière juste après. C’est parfait ! J’ai l’impression d’être dans une tragédie grecque, genre Sisyphe poussant son rocher, avec un balai à la place du rocher.

Donc depuis 3 semaines, je nettoie l’hôtel, ce qui est – en plus – passablement fatiguant : nettoyage des escaliers, des murs, des fenêtres, de la poussière dans les chambres, mais pas de nettoyage des chambres “à fond”, ça, c’est réservé aux “vraies” femmes de ménages : nous, on est là pour le soutien. C’est assez épuisant, mais en général, ça ne me gêne pas trop : je me dis que ça me fait de l’exercice physique… par contre, ça me donne vraiment envie de trucider mes supérieurs, lesquels passent la moitié de leur journée à se plaindre (moi aussi, mais en dehors du boulot ! pas pendant !) alors que leur job semble être de passer nous voir à intervalles irréguliers, et nous interrompre pendant 10 mn pour nous dire tout le mal qu’ils pensent de ce boulot avant de s’en aller de nouveau ! argggg ! et ils sont la désorganisation incarnée… pas fichus de nous faire une démonstration de ce que nous sommes supposés faire avant de nous lancer dans l’aventure, résultat, il a fallu attendre 3 jours avant que j’arrive à convaincre un de nos chefs qu’il serait judicieux de préciser que lorsqu’on demande aux petits zemployés de faire la poussière, ça veut dire penser à ouvrir les placards pour nettoyer aussi l’intérieur – vu que j’en avais marre de nettoyer des intérieurs de placards les uns à la suite des autres !
J’aurai aussi volontiers trucidé les peintres, dans la mesure où ils ont l’air d’avoir mis de la peinture partout sauf là où il était supposé y en avoir, et j’en ai marre de gratter derrière eux. Si j’en attrape un, je lui fais avaler son pinceau.

Bref… c’est joyeux. Mais bon, ça irait mieux si je n’étais pas malade. Et ce soir, dans une heure, meeting : notre petit chef (pas le moyen chef ni le grand chef !) veut remotiver les troupes, d’où meeting. Franchement, personnellement, les meetings à 9h du soir quand tout ce que je voudrais, c’est me mettre au lit, ça ne me motive pas des masses. Mais il ne faut pas discuter les méthodes chinoises… je suis allée voir la docteur du building (parce que nous avons une docteur pour les employés ! ce qui est plutôt agréable), accompagnée d’une traductrice, j’en suis ressortie avec plein de petites pilules, enfin pour deux jours, des vertes et des blanches, mais pour l’instant, ça ne m’ a pas l’air vraiment efficace… bref, je me sens condamnée à un week-end au dortoir, et plus précisément pas très loin de mon lit, ce qui me chagrine un peu” :

Si je me souviens bien, j’ai effectivement passé ce week-end au dortoir, sous mon duvet. Enfin, ce nettoyage fut une expérience intéressante qui m’a permis de découvrir que les chinois ont une relation extrêmement particulière à la poussière. Visiblement, l’équation poussière + eau = boue leur a totalement échappé. Donc, au lieu de suivre le schéma : balayage + eau et serpillière ; ils font : eau et serpillière, donc boue. Et quand celle-ci est limite sec (donc on va pouvoir balayer, enfin), re-serpillière. Donc boue de nouveau, en un peu plus ou un peu moins condensée (ça dépend combien de personnes ont traversé la pièce entre-temps).

Bref, heureusement que j’étais groggy et léthargique pendant ce temps-là, ça m’a évité de gaspiller trop d’énergie en stress inutile : j’ai vu une autre “management trainee” amenée au bord de la crise de nerfs. Les dangers du ménage…

Pendant cette période, nettement moins drôle donc, pas de jour de congé durant deux semaines et quelques, parce que notre management nous annonçait une ouverture pour le 28 décembre, donc tout le monde au parquet.

Mi décembre – fin décembre : retransferée au Front Desk. Dans les premiers jours, la différence n’a pas été flagrante, dans la mesure où nous avons commencé par nettoyer les bureaux, puis le comptoir de réception… avant, enfin, de l’organiser petit à petit (en fonction des arrivages de matériel, relativement lents… nous avons ouvert sans “machine à faire les clefs”, ce qui prouve que tout est possible.

Encore une fois, journées passées à l’hôtel, et rien de bien spécial en dehors, d’autant que fin décembre, nous zautres management trainees avons emménagé à l’hôtel, donc plus de “dehors”. Hibernation en hôtel

Cette période fut également plutôt agréable : beaucoup de travail, mais la possibilité de tester les restaurants et services de l’hôtel, et de se retrouver le soir autour d’un verre au lobby bar… bon, je dois avouer qu’avoir, comme travail, à tester le room service, par exemple, il y a pire.

Quelques incursions dans Guangzhou tout de même : la ville s’est couverte de lampions pour le nouvel an occidental, ici très commercial. Les étalages de jouets sont relativement médiocres comparativement, mais chaque magasin est envahi de pères noëls, de sapins, et, pire, de chansons de noël. Jingle bells, en boucle, d’un magasin à l’autre. Seule une force de volonté peu commune, aidée d’une oreille complètement défaillante, m’ont permis de n’apprendre aucun “Christmas Carol” par coeur. D’ailleurs au grand désappointement de mes collègues, visiblement perplexes et déçus que je sois incapable de chanter un air de noël, même en anglais. Et je dis “même en anglais”, parce que j’ai souvent l’impression que mes collègues réalisent difficilement que je ne sois pas anglophone d’origine (ça ne veut pas dire que mon anglais est excellent, mais que le leur n’est pas toujours, comment dirais-je… réglementaire…) … ils se servent de moi comme d’un dictionnaire ambulant, et me regardent comme si j’étais en panne quand je suis incapable de leur dire, par exemple, comment est-ce qu’on dit … pelle, en anglais.

Bref, donc, pour Noël : pères noëls partout, “soirées père noël” partout, organisées par des bars, parfois en association (fournissant même le bus pour se déplacer d’un bar à l’autre ! ), ce qui donne des bus remplis de faux pères noëls ou assimilés écumant les rues. Très rigolo.

Le 28 décembre (ouverture prévue de l’hôtel), bien sûr, poisson d’avril : pas d’ouverture, repoussée au 8 janvier, (au soulagement général). Du coup, on a eu droit à quelques jours de congé, et le 31 décembre à midi : repas chinois, offert par Simon, notre “oh combien” sympathique chef cuisinier du restaurant chinois. L’homme qui vous fait manger du “sea cucumber”. Bref… Il est, d’ailleurs, tout à fait honnêtement très sympathique : ne parlant pas un mot d’anglais, mais me parlant quand même non stop, toujours en train de faire des blagues (enfin je ne suis pas si sûre, vu que c’est en chinois, mais ça ressemble à des blagues en tout cas). Et puis, c’est le seul qui m’ait dit être membre du parti communiste (il m’a dit que si je voulais m’y inscrire, il me parrainerait), ajoutant qu’il était payé pour cela (je n’ai pas saisi exactement comment mais bon). Il est un fait notoire et reconnu que chaque département a des “taupes” du parti, qui n’ont été embauchées que pour surveiller ce qui se passe (c’est le cas probablement dans la plupart des entreprises chinoises, et dans 100% des entreprises étrangères), mais je n’ai pas encore réussi à dénicher celles de notre département bien que j’ai quelques soupçons.

31 décembre : soirée dans un hôtel (en mission, accompagnant une amie japonaise qui devait au nom de Japan Airlines distribuer des lots offerts lors du tirage au sort de la soirée). Rien d’exceptionnel, en dehors d’une furieuse envie (visiblement partagée par une bonne partie de l’assistance, j’en suis venue à me demander s’ils n’étaient pas tous en mission pour leur entreprise, en fait…) de déguerpir au plus vite pour une ambiance plus chaleureuse. Ce que nous avons fait, pour écumer les bars, le 31 étant pour eux une occasion d’organiser quelques soirées où la bouteille quadruple de prix.

Mais bon, quelques “bonne année” plus loin le lendemain, mais peu, et pas de “c’est quoi tes bonnes résolutions ? ” ni de chocolats en pagaille.

6 janvier : fête du personnel, avec défilé des uniformes de l’hôtel, et performance de chaque département… un spectacle : le ou les volontaires, en général, chantent, et des admirateurs éperdus viennent leur tendre des bouquets (ou au moins une fleur minimum). Le pire – ou le mieux – étant qu’ils chantent vraiment très bien : d’après ma théorie, ça doit leur venir à la fois d’une grande pratique du karaoké, et de la musicalité même du chinois, qui oblige à avoir une très bonne oreille.

8 janvier : cérémonie de “soft opening” de l’hôtel. Notre big boss est venu de là d’où viennent les big boss, et l’hôtel a organisé une journée en plusieurs temps : danse du dragon, d’abord, dans tout l’hôtel. Des danseurs, déguisés en dragon (2 danseurs par dragon, on pourrait presque dire des dragonnets) sont passés dans chaque département, dans lequel le chef du département, symboliquement, offre au dragon une petite enveloppe rouge contenant une somme elle aussi symbolique, “parce que c’est bon pour le business”.
Jusque là, il faut avouer que ça marche moyennement. Ils auraient dû mettre plus dans la pochette, ou trouver des dragons plus grands.

Bref, ensuite devant l’entrée, les dragons dansent encore, et attrapent dans leur “gueule” des légumes disposés dans un panier, que le management récupère ensuite dans leur “gueule” en leur donnant en échange des enveloppes rouges. Je ne crois pas que qui que se soit ait l’obligation de manger les végétaux ensuite, et ça tombe bien, parce que ceux-ci sont relativement abîmés dans l’histoire. Enfin, dernière étape, le dragon attrape des légumes accrochés au dessus de la porte d’entrée, qu’il échange encore une fois contre les enveloppes rouges, des confettis tombent du ciel, et il est temps d’aller manger les petits fours. La suite est beaucoup plus “banale”, avec discours, visite de l’hôtel et banquet.

Une fois l’ouverture faite : mois de janvier chargé, peut-être deux jours de congé dans le reste du mois, et des horaires de travail avoisinant les 12 heures par jour – ou plus. Avec l’avantage certain d’avoir une chambre à l’hôtel. Bref, un mois en relative hibernation, aucune idée de ce qui a pu avoir lieu dans le monde (traduction : en dehors de l’hôtel) durant janvier.

Février : horaires plus calmes, et retour au dortoir. Humeur relativement massacrante au début du mois, en prime : de fait, pour la nouvelle année (le 18), nos propriétaires organisaient une fête du personnel. Jusque-là rien de bien dramatique, me direz-vous : et bien si ! parce que notre hôtel appartient à la compagnie à laquelle appartient l’aéroport, et cette compagnie appartient à une autre compagnie qui appartient à un groupe. Et bien c’était ce groupe qui faisait sa “fête du personnel”, et comme c’était la première fois que le groupe en question s’associait avec une compagnie occidentale (Accor), ils ont décidé qu’il leur fallait, pour la fête de fin d’année, quelque chose qui symbolise cela… résultat, qui c’est qui s’est retrouvée sur scène ? Exactement. Tous les “managements trainees”, c’est à dire quatre occidentaux en comptant le mexicain et le manager polonais, – en remplacement du management trainee français en cuisine, qui a refusé tout net, au motif – justifié – que dormir 4h par jour, c’était bien joli, mais il ne fallait pas non plus lui demander d’aller faire le clown sur scène. A cela, ajoutez une chinoise en tutu blanc (une idée de notre directrice des ressources humaines, qui a acheté le tutu pour l’occasion), un chinois en smoking (le pauvre a la malchance de savoir parler français) et deux amis à moi venus en renfort de Guangzhou pour faire foule (c’est beau le dévouement ! merci Emilie, merci JP !). Le tout chantant “Les champs Elysées” de Joe Dassin en play-back, en relative totale impro (nous avons essayé de répéter deux fois, bizarrement à chaque fois pendant mes jours de week-end, ce qui n’améliorait pas mon humeur peu aimable au départ et certainement encore moins à l’idée de monter sur une scène. Cela dit, la vue de la jeune fille en tutu blanc dansant “façon” danse classique m’a à chaque fois rendu le sourire, le problème, c’était plutôt de contenir mon fou rire). Un spectacle magnifique… et une sacrée expérience. Enfin tout le monde – nos chefs – était ravi au final, puisque, comme me l’a expliqué la même directrice des ressources humaines, les chinois n’avaient “jamais vu rien de pareil” (ce que j’ai préféré prendre pour un compliment…), ce qui était le but recherché.

Cela dit, moi aussi je n’avais jamais vu rien de pareil : le spectacle dura presque deux heures, les groupes se succédant, et fait remarquable : équilibristes, chanteurs, danseurs (danses traditionnelles), mais les spectacles les meilleurs ont été faits par les managers à la retraite de la compagnie – sortis de leur retraite pour l’occasion – pour de grandes compositions communistes (avec agitation de bouquets de fleurs, …). Le sommet étant remporté par le “défilé de mode” de ces vieux messieurs et vielles dames, fiers comme artabans et raides comme la justice… sur la musique de la macarena. Un souvenir que je ne suis pas prête d’oublier. Dans la mesure où ma DRH pensait que les paroles étaient en anglais, je suppose qu’il n’y a aucun risque qu’ils en découvrent le sens un jour ou l’autre.

Je crois que je vais m’arrêter sur cette note. Je ne suis pas encore arrivée aux célébrations de la nouvelle année, ni à mon premier voyage hors de Guangzhou, pour Guilin, avec ma mère et Seb (mon petit frère) mais je déclare forfait. Je n’en peux plus, et probablement vous non plus, donc la suite au prochain épisode !

Guangzhou, février 2007
photographies : Li Li & Frédéric Perrot

Pays : Chine

Patricia Oziouls