Bernie Leibovitz de Sammy Lussan paraît aux Belles Lettres.

À 33 ans, au bout du rouleau, Bernie s’enfuit à Tokyo afin de s’échapper. Il rejette la sempiternelle routine de l’employé modèle : métro, boulot, dodo. Voici l’incipit du premier roman de Sammy Lussan : Bernie Leibovitz.

Une fois sur place, comme il ne comprend pas grand-chose aux situations auxquelles il est confronté, il les photographie. Sans prétention artistique, ces clichés en noir et blanc témoignent de la distance qu’il subit au Pays du soleil levant. Sa pérégrination s’apparente à un nomadisme contraint, sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne.

En effet, il converse avec divers expatriés francophones rencontrés au hasard dans des clubs, des bars, des hôtels. Aucun ne lui offre un quelconque encrage. Sans oublier qu’il doit répondre à une offre d’embauche dans une agence parisienne. Et bien sûr, il temporise.

Il voyage un peu. Par une journée pluvieuse, il est contraint par un compagnon de descendre à la gare de Shin Fuji pour voir le fameux Mont. Cette escapade ressemble, comme l’auteur le souligne si justement, aux personnages de Jim Jarmusch dans le film Stranger Than Paradise. Les trois protagonistes se retrouvent face à la plage, en Floride, aussi embrumée que le New York auquel ils cherchaient à échapper. Il en va de même pour notre voyageur, un dense brouillard obscurcit le Fuji San toute la journée.

Malgré ses nombreuses errances, Bernie finit par trouver sa voie au travers de l’écriture, sans oublier la photographie.

Voilà un livre hybride entre récit de voyage grandement perturbé et un reportage photographique assez pertinent grâce aux prises sur le vif. En plus de cela, l’ouvrage sert de psychanalyse à l’auteur. En nous faisant partager ses angoisses et ses vicissitudes, il nous entraîne dans la psyché d’un juif ashkénaze subissant une névrose-dénigrante conjuguée à un amour latin de la transgression. Voilà qui ouvre des perspectives alléchantes. Seront-elles tenues ?

Quelques traits d’humour judéo-belge désamorcent la lecture vagabonde. On apprécie tout particulièrement son regard sur les Tokyoïtes (1) aussi divers qu’improbables.

Un premier roman bien similaire à la vie de son auteur. Il est raconté à la première personne, ce qui place le lecteur au cœur des angoisses de Bernie, alias Sammy Lussan ou inversement. On ne sait plus vraiment qui est qui. Gageons que son prochain opus, nous fera rentrer de plain-pied dans une littérature moins égocentrée.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/tokyo-au-coeur-de-decembre/

Bernie Leibovitz de Sammy Lussan, 162 pages, 23 €, Hors collection / Littérature, éd. Belles Lettres.

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