Battle Royale de Masamichi Amano

En novembre 2001, 40 copies de ce film coup de poing ont éclaboussé nos salles obscures, projetant devant nos yeux ébahis des flots de sang et de mitrailles. “Battle Royale” est un brulôt violemment romantique, peut être l’”Orange Mécanique” de cette décennie par son absence de morale et son ton radical. L’histoire nous entraîne dans un Japon futuriste où les adultes sont dépassés par la violence et l’insubordination de la jeunesse. Pour remédier à cet état de fait, certains sont enfermés dans une île avec armes et bagages. Le but de ce “loft story” étant qu’ils s’entretuent jusqu’au dernier. Ils sont surveillés par un Benjamin Castaldi local : le professeur Kitano interprété par Beat Takeshi Kitano lui-même. Dire que le film est violent est un euphémisme. Idem pour la musique, la grosse artillerie est de sortie, avec une partition symphonique exacerbée qui ne fait pas dans le détail. Tantôt élégiaque et sentimentale, elle peut passer à de violents chorus dramatiques soulignant à merveille les nombreuses poursuites émaillant l’histoire. Et si la musique peut se faire l’avocat ou le témoin impuissant d’une situation comme un suicide ou une déclaration d’amour, la mise en scène et le propos du réalisateur sont clairs : point de salut… pour survivre il faut se battre. Il y a donc bien un paradoxe dans “Battle Royale”, la violence du propos étant atténuée par un romantisme musical désespéré, mais bien présent. Dernière idée géniale du film : durant ce jeu de massacre qui dure trois jours, le Professeur Kitano fait le décompte des morts et les annonce aux survivants par haut-parleurs.

Avant chacune de ses interventions un morceau de musique classique inonde toute l’île : “Requiem” de Verdi, “Le Beau Danube Bleu” de Strauss, Schubert, Bach, … autant de moments incongrus dans la tradition Kubrickienne. Un pur chef d’oeuvre.

Éditeur : Milan

Pays : Divers

Pascal Surleau