Bandes dessinées : le nucléaire en question.

Deux bandes dessinées mettent en lumière les problèmes que pose l’énergie nucléaire. L’une retrace la commission d’enquête (1) qui a suivi les accidents de Fukushima en 2011. L’autre aborde, par la marche, l’enfouissement des déchets nucléaires…

Fukushima, chronique d’une catastrophe annoncée de Bertrand Galic au scénario et Roger Vidal au dessin et à la couleur relate l’audition du directeur de la centrale nucléaire de Fukushima. En effet, après les accidents dûs au séisme et au tsunami du 11 mars 2011, une commission d’enquête diligentée par l’Etat japonais est mise en place. Masao Yoshida, le directeur de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi, retrace heure par heure ce qui s’y est produit  : une série d’explosions qui mettent plusieurs réacteurs hors de fonctionnement et qui induisent des fuites radioactives.

On vit la situation de l’intérieur, du point de vue des différents intervenants de la centrale, toujours fidèles à leur poste, malgré le danger évident. Le directeur informe en temps réel les dirigeants de Tepco. Mais face à leur incompréhension voire leur incompétence, il prend en charge le sauvetage, parant au plus pressé et passant outre les procédures inadaptées à l’ampleur de la situation. On lui en fait d’ailleurs le reproche. Et il paiera son courage de sa vie, irradié au plus haut degré.

Une bande dessinée bien documentée, au graphisme dynamique et aux couleurs contrastées, froides à l’intérieur de la centrale et chaudes à l’extérieur.

Dans Le droit du sol, journal d’un vertige Etienne Davodeau réfléchit à ce qui relie l’homme préhistorique de Pech Merle dans le Lot, qui nous laissa ses magnifiques peintures rupestres, et nous-mêmes, qui laisserons à nos descendants les déchets nucléaires de Bure, dans la Meuse. Si le projet voit le jour…

« Je veux comprendre ce qui sépare et ce qui relie ces deux lieux, ces deux dates. 

Ici se joue quelque chose qui en dit long sur notre rapport à cette planète et à son sol. Ce n’est rien d’autre qu’une intuition, mais c’est celle qui m’a lancé sur ces sentiers. » C’était le 11 juin 2019.

A travers un périple à pied qui relie les deux lieux, 800 kilomètres de GR, de bords de routes et de chemins creux, Etienne Davodeau explore « ce vertige ». Il invite à ses côtés des spécialistes de toutes sortes : le paléontologue, Bertrand Defois, l’agronome Marc Dufumier, la sémiologue Valérie Brunetière, la responsable des recherches appliquées au département des arts graphiques du musée du Louvre : Ariane de la Chapelle. Et sur le mode de la conversation, chacun explique de façon simple et enthousiaste sa spécialité, tout en marchant.

Davodeau montre aussi la France du sud ouest au nord est, en passant par le Massif Central, Riom, Moulins, Avallon, Collombey-les-Deux-Eglises… Comme autant de diversité des paysages, de rencontres pittoresques et de réflexions poétiques, humanistes ou philosophiques. La solitude de la marche dans l’immensité des paysages alterne avec ces rencontres fortuites d’habitants du cru, qui pour la plupart, ne connaissent pas Bure.

Au fil de la marche, dans un camaieu de gris, le livre gagne en profondeur, en intensité de réflexion. Le dernier témoin Joël Domenjoud livre le témoignage le plus fort sur le passage en force du projet de Bure dans le bois Lejuc. « Ce bois, c’est là où nous vivons ».

Le voyage prend fin le 11 juillet 2019. Mais « l’histoire continue ». Le livre se termine d’ailleurs en juin 2021 sur « le journal de Bure ». Il y relate le procès de Joël Domenjoud, l’enquête d’utilité publique de Cigéo (la société chargée du projet d’enfouissement) et sur l’invitation de Davodeau à nous tenir au courant, discutant ainsi avec le lecteur comme il l’a fait tout au long de son périple.

Un album de reporter-citoyen, à partager !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Sur cette commission d’enquête lire notre chronique d’Un récit de Fukushima, le directeur parle :https://asiexpo.fr/un-recit-de-fukushima-le-directeur-parle-sort-chez-puf/

Fukushima, chronique d’une catastrophe annoncée, Bertrand Galic et Roger Vidal, 130p., éd. Glénat.

Le droit du sol, journal d’un vertige, Etienne Davodeau,220p., 25€, éd. Futuropolis. En librairie le 6 octobre.