Annecy 2022 – Rencontre avec Shinya Kawatsura, le réalisateur de Misaki no Mayoiga

Le Festival International du Film d’Animation Annecy est LE rendez-vous français pour rencontrer des membres des équipes de production du monde entier. Venu présenter son nouveau long-métrage, le réalisateur Shinya Kawatsura a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

  • Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour, je suis Shinya Kawatsura, je travaille habituellement dans l’animation à la télévision. Je fais aussi de la mise en scène.

  • Vous êtes en effet plus tourné vers le storyboard et la réalisation pour la télévision. C’est votre 1er film original, non tiré d’une série animée. Qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce film-là ?

C’est un projet qui m’a été présenté par un producteur avec lequel je travaille habituellement, qui m’a demandé si cela m’intéressait. C’est surtout un projet qui est adapté d’un roman jeunesse, ce qui est rare dans la production japonaise : cela m’intéressait d’autant plus.

  • Ce long métrage est adapté d’une nouvelle de Sachiko Kashiwaba. Comment s’est passé votre collaboration avec elle ?

Je l’ai rencontrée une première fois lorsqu’il a été question de faire cette adaptation. Je suis allé la voir là où elle habite, dans la préfecture d’Iwate, là où se déroule principalement l’action du film. Nous avons fait un tour de la préfecture pour faire des repérages et discuter du projet. Elle a eu le scénario lorsqu’il a été fini, elle a vérifié que tout allait bien. Nous nous sommes ensuite revus lorsque le film était terminé. Nous avons toujours été en contact mais elle n’a pas suivi le projet de très près.

  • Ce long métrage est une adaptation et parle d’une catastrophe. Mais avez-vous mis une touche personnelle dans celui-ci ? Si oui, laquelle ?

S’il y a une chose que j’ai voulu introduire dans le film, c’est une sorte d’intuition que j’ai eu lorsque j’étais jeune adulte mais qui ne s’est vraiment formalisé que plus tard : c’est la question d’être indépendant, de mener sa vie comme on l’entend. On a tendance à être très soumis à des normes sociales qui nous disent quoi faire : à quoi ressemble une famille ? Où doit-on vivre ? J’ai eu de la chance car très jeune, j’ai su ce que je voulais faire : je voulais travailler dans l’animation. C’est ce qui m’a porté, qui m’a permis d’avancer dans la vie pour être indépendant et je me suis de plus en plus posé la question : quels éléments étaient nécessaires à la vie d’un individu pour qu’il puisse mener une vie de manière indépendante, en dehors de ce que l’on peut lui imposer. La famille ce n’est pas forcément que les liens du sang, on peut imaginer un autre type de famille. Il est important de trouver quelque part où on puisse être accepté tel que l’on est, que l’on puisse vivre comme on l’entend. On devrait pouvoir être plus libre par rapport à toutes ces questions. C’est cette réflexion que j’ai rajouté dans le film. Le fait aussi de vivre au Japon, où la pression sociale est très forte, a dû s’ajouter à cette envie-là.

  • Question peut-être un peu personnelle : par rapport au tremblement de terre de 2011, sur lequel le film se base , avez-vous été touché personnellement, que ce soit de la famille ou des amis ?

Non, je ne connais personne, famille ou amis, qui ont été victimes du tremblement de terre. Je faisais même parti de ceux qui étaient dans le déni, dans la fuite, qui ne regardait pas les images, pour éviter dans savoir trop.

  • Pour ce premier long métrage, vous qui êtes plutôt habitué au séries TV, est ce que cela a changé votre façon de travailler ?

Le plus difficile pour moi a été la question de la temporalité. Je pensais savoir le faire au niveau des séries TV, c’est à dire organiser un temps donné et adapter un scénario en fonction de ce temps imparti. Mais là sur un long métrage, il faut que le scénario puisse tenir sur une durée de 100mn et cela a été le plus gros défi pour moi.

  • C’est votre première visite en France je crois : que pensez-vous d’Annecy et de ses paysages ?

C’est difficile pour moi de parler d’Annecy car pour une histoire d’avion retardé, j’ai dû passer une nuit à Francfort. Pour le moment j’ai donc plus vu de cette ville-là où je suis resté hier que d’Annecy où je suis arrivé tard dans la nuit. Mais c’est ma toute première fois en Europe et je suis très impressionné par l’urbanisme. Frankfort est beaucoup plus moderne que la vieille ville d’Annecy et là j’ai vraiment l’impression d’être dans un film, dans un autre monde.

  • Merci beaucoup.

Un grand merci à Shinya Kawatsura pour cette interview, ainsi qu’à toute l’équipe de AllTheAnime qui l’a rendue possible. Rendez-vous maintenant au cinéma pour découvrir ce petit bijou, plein d’émotion et d’humour (mais dont la date de sortie n’est pas encore fixée à ce jour).

Fabrice Docher – Asiexpo Association