Annecy 2000, Le Printemps De L’animation

Le Festival international du film d’animation a soufflé cette année ses 40 bougies. De quoi est fait ce cru de l’an 2000 ?

Le Festival en quelques mots :
C’est en 1956 qu’apparaissent les Journées Internationales du Cinéma d’Animation (Jica) dans le cadre du Festival de Cannes. En 1960, les troisièmes Jica se tiennent à Annecy, leur rythme est alors biennal. Le succès et le nombre d’oeuvres présentées allant croissant, il est décidé en 1997 d’annualiser le Festival. Parallèlement est ouvert en 1985 le premier Marché International du Film d’Animation dont c’était la dixième édition en 2000.
Beaucoup de monde cette année, le Festival commence manifestement à se sentir à l’étroit dans le Palais Bonlieu. Un complexe cinématographique est en cours de construction dans le centre ville, et il serait question qu’une ou deux salles soient louées pour permettre un bon accueil du public lors des prochaines éditions.
Voyons maintenant quelles ont été les œuvres phares de ce festival en s’attardant plus spécifiquement sur la production asiatique.

Coté longs, ça tourne court !
Quatre longs métrages étaient en compétition cette année :
– Pettson et Findus, un film suédois plutôt sympathique s’adressant aux plus jeunes, anecdotique.
– La vie de Jésus, coproduction anglo russe mêlant marionnettes et dessins, sans surprise.
– Optimus Mondus, une œuvre collective utilisant diverses techniques de l’animation, très inégale.
– Utena, la fillette révolutionnaire (Kakumei Shojo Utena), film japonais de Kunihiko Ikuhara qui a connu un grand succès au Japon en 1999. A mon sens, c’était le film le plus intéressant de cette sélection par la richesse du scénario et de l’animation. L’histoire tirée d’un shojo manga (1) éponyme de Chiho Saito, a déjà été adaptée en une série TV qui compte 39 épisodes. Malgré une simplification de la trame, Utena reste une œuvre difficile à suivre pour les non initiés, mais qui n’en est pas moins prenante tant par l’ambiance et le design des personnages que par la grande richesse de l’histoire. Voilà le genre d’œuvre exigeante qui montre une fois de plus l’extrême diversité de l’animation japonaise, loin de l’image réductrice qui en est faite dans nos sociétés occidentales.
Le jury des courts et longs métrages de fiction a décidé de ne pas attribuer de grand prix, la qualité des œuvres présentées ayant été jugée insuffisante. Utena méritait d’obtenir ce prix ; cependant son caractère shojo exacerbé, les thèmes inhabituels dans l’animation qui y étaient abordés (homosexualité féminine et pédophilie notamment) n’étaient pas propres à séduire un public habitué aux productions politiquement correctes d’outre atlantique.

Coté courts, l’Asie ne fait pas recette
La sélection de courts métrages fait la part belle aux productions du Canada, France, Grande Bretagne et USA ; par comparaison, l’Asie fait pâle figure. Signalons cependant le splendide Vieil Homme et la Mer coproduction nippo-canadienne qui a obtenu le Grand Prix du Court-métrage de Fiction. Cette œuvre adaptée du roman d’Hemingway n’est pas sans rappeler les réalisations du canadien Frédéric Back par le style de l’animation et la poésie qui s’en dégage.

Et hors compétition …
Chaque année plusieurs longs métrages sont programmés hors compétition ; deux œuvres japonaises étaient proposées à un public enthousiaste.
– Nos voisins les Yamada (Tonari no Yamada-kun) d’Isao Takahata projeté en VO sous-titrée en anglais. Cette œuvre à l’humour ravageur conte le quotidien d’une famille japonaise. C’est une succession de petites saynètes cocasses mettant tour à tour en avant un membre de la famille. Le design des personnages est simple mais très expressif. Les décors parfaitement minimalistes, se limitent généralement à quelques traits et taches de couleurs pastel. Ce film va sortir prochainement aux USA, espérons que nous pourrons le découvrir un jour sur nos écrans de même que les autres grandes œuvres des Studios Ghibli.
– Spriggan d’Hirotsugu Kawasaki est un film d’aventures à mi-chemin entre Indiana Jones et Stargate. Malgré une réalisation de qualité et la présence de Katsuhiro Otomo au générique, l’histoire est un peu faible et les personnages peu convaincants.

En bref, ce Festival cuvée 2000 est plutôt une réussite avec tout de même un couac du coté des longs métrages de fiction. Rendez-vous est pris l’année prochaine dans un cadre, espérons-le, plus vaste.

(1) shojo manga : manga destiné aux jeunes filles (voir Asie News d’Avril 1999 pour plus d’infos sur les manga)
site du festival : http://www.annecy.org

Pays : Divers

Jean-Michel Rapet