7e Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel

Si, comme l’indique sa dénomination, le festival de Neuchâtel (3/8 juillet 2007) est officiellement dédié au cinéma fantastique, il ne fait aucun doute qu’il éprouve une tendresse particulière pour les films asiatiques (lorgnant tout de même du côté du fantastique, cohérence de la programmation oblige !).
Entre les différentes compétitions et rétrospectives, plus d’une trentaine de longs métrages en provenance d’Asie étaient ainsi proposés. Il était donc impensable qu’Asie News ne soit pas présent pour vous rapporter quelques échos de cette fantastique semaine. Conscients de l’importance de la tâche qui nous incombait, soucieux de toujours mieux vous informer, chers lecteurs, et, il faut bien l’avouer, alléchés par l’orgie de films à venir, nous avons donc, pour vous, osé franchir la frontière en direction des verts pâturages suisses.

Du côté de la compétition internationale (remportée par le suédois Roy Andersson avec “You, the living”), on retrouvait deux films asiatiques assez attendus, pour des raisons différentes ceci dit.
Le japonais “Nightmare detective” tout d’abord, car dirigé par Shinya Tsukamoto, réalisateur culte de “Tetsuo” 1 et 2, de “Tokyo fist” ou encore de “Bullet ballet”. Son dernier film est bien moins dérangeant et transgressif que ces œuvres qui l’ont rendu célèbre de par le monde. Avec cette production très classique et assez grand public, il rentre même dans le rang, sacrifiant à un certain nombre de clichés des productions horrifiques nippones récentes (un clin d’oeil, ironique espérons le, au syndrome “fantôme de petite fille aux longs cheveux noirs”, des acteurs post-adolescents interchangeables et plutôt fades). Mais la plus grande déception du film est le rôle titre : ni le personnage du détective onirique, ni ses capacités, ne sont exploités. L’acteur lui-même est assez mauvais, le même rictus idiot figé sur le visage pendant tout le métrage. Tout commence pourtant bien avec justement une scène de rêve dans laquelle s’introduit l’enquêteur pendant laquelle on retient son souffle… hélas ! par la suite Tsukamoto préfère suivre la policière (Hitomi, pop star locale) chargée de l’enquête sur une série de suicides des plus mystérieux, puisque les victimes se seraient données la mort dans leur sommeil (avec à l’écran des scènes plutôt réussies, sans être révolutionnaires), après avoir été au téléphone avec un mystérieux “0” (interprété par Tsukamoto lui-même). Le nightmare detective ne réapparaît qu’en fin de métrage, pour ce qui est la meilleure partie du film, son face à face avec “0” donnant lieu à des scènes aux images fortes, plus violentes visuellement, et plus éprouvantes pour le spectateur, qui rappellent le Tsukamoto de la grande époque et son style cyber punk.


Dans le premier, le réalisateur au parcours mouvementé (enlèvement supposé en Corée du Nord, engagement politique en U.R.S.S…) nous conte une fable philosophique et morale en suivant les aventures fantasmatiques d’un moine bouddhiste tombé fou amoureux de la fille du gouverneur local qu’il kidnappe. Jouet d’un karma cruel et impitoyable, il foulera aux pieds tous les enseignements de sa vie monacale passée, au nom de cet amour interdit qui causera sa perte, tant physique que morale. Shin Sang-ok impose un rythme feuilletonesque à son récit, ce qui est une agréable surprise pour le spectateur redoutant une mise en scène trop contemplative, le tout dans des couleurs délicieusement sixties et une atmosphère onirique envoûtante. Les péripéties, si elles n’ont rien de follement originales, s’enchaînent agréablement, soutenues par la prestation très physique de Shin Young-kyun, qui de moine torturé par ses sentiments se transforme en vigoureux montagnard sosie du Toshiro Mifune des “Sept Samouraïs”.
Plus surprenant est “The insect woman”, premier volet d’une trilogie informelle (avec “La servante” et “The woman of fire 82”) dans laquelle Kim Ki-young déclina sous différentes formes la même histoire : une femme de condition modeste, rejetée ou abusée par la classe supérieure s’attache à détruire le modèle de la cellule familiale bourgeoise. Ici, il s’agit d’une lycéenne contrainte de devenir hôtesse de bar, et qui, devenue la maîtresse d’un homme d’affaires, se verra tourmentée par la femme de celui-ci. Ce qui frappe le plus ici c’est l’approche frontale de sujets tel que le ménage à trois, l’impuissance du directeur (et in extenso des hommes en général, tous les personnages masculins du film étant lâches et faibles), la folie (le traitement cauchemardesque et très Giallo des névroses de la courtisane est impressionnant, surtout lorsque le réalisateur traite de l’infanticide), et surtout l’ambition démesurée de ces deux femmes : conserver les apparences d’une gentille famille bourgeoise pour l’une, réussir l’ascension sociale pour l’autre. Même si l’on sent que le réalisateur n’a pas beaucoup de sympathie pour la bourgeoisie, il ne cherche pas à faire de son héroïne une oie blanche. Bref une pellicule très puissante et audacieuse, parfois envoûtante et flirtant avec le fantastique dont les débordements graphiques ont un peu mal vieilli.

Voilà pour la présence asiatique du côté du lac de Neuchâtel, dont nous sommes revenus ravis. Programmation de qualité, cadre magnifique, accueil parfait, organisation impeccable et ambiance bon enfant, un seul conseil : ne ratez pas l’édition 2008 !

Août 2007

Pays : Asie

Benjamin Leroy & Pierre Farigoules