3-1 = 2 + 1 = 3 : interview de Thomas Maksymowicz, rédacteur en chef de Asia Pulp

Le mois dernier nous avions publié une interview croisée des 2 rédacteurs en chef des magazines Kumite et Mad Asia (Eiga no Mura venait de baisser le rideau). Fin Mars, nouveau coup de théâtre : Asia Pulp, un nouveau titre – le 3e en moins d’un semestre – de la presse spécialisée paraissait. Thomas Maksymowicz, aussi rédacteur à Coyote Mag nous en livre sa substantifique pulpe.

ASIA PULP
Rédacteur en chef : Thomas Maksymowicz
Nombre de collaborateurs : 10
Parution : bimestrielle
Parution 1er numéro : 24 mars
Numéros sortis : 1
Nombre de pages : 100
DVD : non
Prix : 5,95 €

1./ Pourquoi avoir créé un magazine dédié au cinéma asiatique ?

Parce que la niche presse était vide alors que la distribution de films en salles et en DVD a sensiblement augmenté ces deux dernières années.
Au moment de fomenter le projet, en août dernier, Eiga No Mura n’était pas encore paru et Mad Asia traînait à se concrétiser.

2./ Quel est le concept du magazine ? Quel est votre lectorat ? Quels sont les pays, genres ou rubriques que vous mettez particulièrement en avant dans votre magazine ?

Nous sommes partis de deux principes à éviter : l’élitisme (qui a fini par tuer HK Extreme Orient) et l’incapacité des médias spécialisés à s’adresser aux femmes. Le concept est donc un généraliste en proposant un contenu pertinent pour les initiés tout en faisant découvrir à un nouveau public la spécificité de ces cinémas. Partir des quelques repères que peut avoir le grand public (une poignée de vedettes dites “internationales” comme Michelle Yeoh ou Jet Li et de films comme Tigre et Dragon (ou Mémoires d’une geisha en ce moment) puis les amener en douceur vers la partie cachée énorme de l’iceberg.
Le magazine ne fait pas de sectarisme entre les provenances des films. Il est juste important de baliser les choses pour éviter les confusions culturelles. Seul cas délicat : l’Inde mais qui, je pense, va devenir incontournable au vu de ses efforts à l’exportation. Le mouvement a été finalement naturel depuis la Chine que Hollywood s’est appropriée depuis 10 ans, puis la Corée, la Thaïlande, et aujourd’hui l’Inde. Le Japon, historiquement replié, vient de prendre le train en marche.
Le magazine est articulé autour de trois grands ensembles qui vont évoluer :
– des news calées sur l’actualité asiatique la plus fraîche et la plus variée possible pour un bimestriel de presse. Un combat perdu d’avance face à Internet mais les non-initiés y retrouvent une première approche qu’on souhaite fournie et didactique.
– des interviews et des sujets de magazines répondant à l’actualité française en salles et les festivals internationaux.
– un cahier culturel enchaînant l’actualité des DVD et une ouverture sur les médias convergeant (BD, animation, jeux vidéo et surtout les Arts).

3./ Qu’est-ce qui vous distingue des autres magazines consacrés au cinéma asiatique ?

Sa charte, les gens ont été surpris par l’accent mis sur l’iconographie (le cinéma est un media d’image après tout), le côté glamour qu’on assume pour justement toucher un lectorat également féminin. Des rubriques qu’on souhaite étoffer à l’avenir comme les parties BD et Arts pour éventuellement devenir un magazine plus culturel. L’ouverture vers tous les types de cinéma pour à la fois briser les clichés (cinéma asiatique = arts martiaux et polars violents) et les comprendre en accompagnant le travail de “cinémathèque” de certains éditeurs.

4./ Comment percevez-vous actuellement la situation du cinéma asiatique en France ?

On ne peut plus taxer les éditeurs et les distributeurs de laxisme, le nombre de films licenciés augmente malgré quelques signes de saturation que je crois naturels. La diversité est enthousiasmante, Wild Side pour n’en citer qu’un fait un excellent boulot de cinéphilie classique et de suivi de l’actualité. La collection Asian Star a été brocardée par les puristes mais l’expérience témoigne d’un effort, y compris commercial, sans précédent pour imposer cette culture. On peut voir aujourd’hui en salles des films aussi différents que Kamikaze Girls, April Snow, La main de fer ou le dernier Johnnie To. On tient le bon bout, je pense, il manque seulement un peu plus de locomotives sortant sur plus de 200 copies.

5./ Vos trois films asiatiques préférés ?

L’éternelle question piège pour un cinéphile… Disons que ces dernières années Go de Isao Yukisada pour le Japon, Old Boy pour la Corée, et In the mood for love m’a scotché, un des meilleurs mélos que j’ai jamais vu alors que Wong Kar-wai peut me compter parmi ses détracteurs…

VOIR AUSSI Kumite/Mad Asia, interview croisée des 2 rédacteurs en chef

Pays : Divers

Bastian Meiresonne & Jean-Pierre Gimenez