Coup de projecteur sur les éditions de Bande Dessinée Patayo.

Patayo Éditions, sises à Nantes et indépendantes, viennent de créer une nouvelle collection de Bande Dessinée : « Des cases, des langues, des mondes ». À n’en pas douter, elle fera parler d’elle. En effet, le projet a pour finalité d’amener les lecteurs français à découvrir des pans inconnus de l’univers bédéiste issus du monde entier. Et pour une grande part de l’Asie.

Pour leur première publication, elles placent la barre très haute avec Des assassins. Ce volume, loin de la mouvance assez compassée la BD franco-belge est l’œuvre du taïwanais Chen Uen. Il en est le scénariste, mais surtout le coloriste. Ses compositions, souvent pleines pages, voir les scènes de mouvement, notamment, sont de véritables tableaux vivants, bien loin du banal dessin trop souvent vu dans ce domaine. Ces lavis d’encre de couleurs subtiles tiennent pour beaucoup de la peinture traditionnelle chinoise. L’origine du titre vient du célèbre écrit classique chinois éponyme de Sima Qian, rédigé un siècle avant notre ère. Il s’agit de chroniques entremêlant des faits historiques et des mythes sans souci de véracité. Cette liberté se retrouve bien dans l’ouvrage de Chen Uen.

Voilà cinq assassins qui, contrairement à toute attente, sont vénérés en Chine. La raison vient, non pas de leur tableau de chasse, mais de leur détermination à accomplir leur mission quoi qui leur en coûte. Souvent la mort ou l’échec les attend au bout du chemin. Cependant aucun des évènements qu’ils affrontent ne les fait dévier de leur devoir envers leur commenditaire.

L’éditeur a eu la bonne idée d’adjoindre en tête de chaque récit, un appareil critique complet. Le lecteur peut ainsi se plonger dans ces aventures sans trop se perdre. Juste un peu pour mieux s’émerveiller de ces héros hors norme. On attend avec impatience le deuxième volume annoncé comme très surprenant ! Nous en reparlerons en fin d’année…

Un autre focus sur la collection « Petit Patayo » chez le même éditeur. Elle s’inspire du format de BD chinoise lianhuanhua. Nous vous conseillons deux romans graphiques sur les sept publiés en 2020 et qui tiennent dans la poche. Encre de chine de la Pékinoise Sun Weijun, et Fantaisie ordinaire du Hongkongais Kwong Shing Lau. Chacun, à sa manière, fait preuve d’un dynamisme peu courant en BD. De plus, dans Fantaisie ordinaire, le cadrage et la musique ne sont pas sans rappeler les courts-métrages d’antan. Un petit coup de nostalgie moderniste. On en redemande !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

www.patayo.fr