Yon T. 4 de Camille Broutin paraît aujourd’hui chez Dargaud.

Le pensionnat disciplinaire pour jeunes filles où est scolarisée Margot est le théâtre de bien étranges phénomènes. De petites billes blanches sont tombées un jour du ciel et se transforment. Elles menacent de faire disparaître les bâtiments et leurs pensionnaires. Les jeunes filles sont livrées à elles-mêmes, les adultes ayant tous fui dès le début du phénomène.

Ce 4ème tome de Yon en est la conclusion paroxystique. En effet, la tension physique et psychologique qui montait dans les précédents tomes trouve son climax dans ce dénouement. Celles qui restent des 2 clans se retrouvent et s’affrontent dans la salle d’arts plastiques, pendant que des bâtiments s’effondrent sous la menace du phénomène qui prolifère de plus belle… Jusqu’au combat final entre les cheffes.

Camille Broutin remonte aussi à l’enfance depuis l’embryon, expliquant l’origine de l’isolement de Margot, de sa mise à l’écart. Ainsi le récit prend une dimension sociale. Il aborde de façon métaphorique l’enfance, l’adolescence et le passage à l’âge adulte, la marginalité, les rapports de force. « La vie est cinglante comme une gifle, douce comme un gâteau d’anniversaire ». Ou le contraire. Avec une espèce de désenchantement, de désillusion : « J’ai grandi et le monde a perdu ses couleurs » dit Margot seule face à son lecteur.

La jeune mangaka, elle a 29 ans, crée un univers très personnel. À la fois très réaliste dans sa représentation des lieux, situations ou personnages, fantastique avec l’apparition de ces « créatures » menaçantes et même dystopique avec cet « extérieur » dont, comme les héroïnes, le lecteur ne perçoit que l’effondrement. On note une grande liberté dans une série de doubles pages pleines d’éclats et d’éclairs comme un grand feu d’artifice. De même dans de saisissantes vignettes pleine page avec Margot toujours seule en intérieur ou en extérieur durant l’enfance.

Camille Broutin a déjà une formidable maîtrise du genre et de la narration. Elle donne à son huis clos oppressant une force très expressive qui ouvre la réflexion. La tension extrême des combats est magnifiée par un dessin presque uniquement aux traits anguleux tandis que les « créatures » sont toutes rondes. La poésie demeure toutefois dans le corps transformé d’Olga, pur et lumineux.

Les Inrockuptibles ne s’y sont pas trompés qui lui ont décerné le prix du meilleur manga 2025. De même en 2026, la série reçoit le prix Daruma de la French Touch à la Japan Expo.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Yon T. 4 de Camille Broutin,328 pages, 14,50 €, label Combo, éd. Dargaud. En librairie le 25 septembre 2026.

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