Kôgun, histoire de l’armée japonaise, 1853 – 1948 de Franck Michelin paraît chez Passés Composés.

Le 8 juillet 1853, le commodore Perry de la marine étasunienne force la baie d’Edo. Il somme le shogunat d’ouvrir des ports japonais aux navires américains. Panique dans la capitale !

C’est en substance, l’amorce du basculement du Japon dans l’ère moderne et pratiquement le point de départ du substantiel essai Kôgun, histoire de l’armée japonaise, 1853 – 1948 de Franck Michelin.

En quinze chapitres denses et érudits, l’auteur nous narre comment l’armée et la marine ont précipité le pays dans le chaos en moins de cent ans.

À la suite des multiples traités inégaux signés avec les Occidentaux, l’empereur Mutsuhito (ère Meiji) retrouve tout son pouvoir traditionnel d’avant 1185.

Pour autant, l’armée qui l’a restauré compte bien garder un droit de regard sur la destinée du pays. C’est au travers du slogan « pays prospère, armée forte » fukoku, kyôhei, qu’elle prend place au sein de l’appareil d’état sans rendre de compte au gouvernement civil. En plus d’être omniprésente, inexorablement, elle va incarner le pouvoir jusqu’à en évincer tout autre.

Seule exception à cette règle, celle de l’empereur Hirohito (ère Showa), dans les années trente, auquel elle obéit. Sans négliger toutefois de l’influencer et le reconnaître comme un dieu vivant. D’où le tire de l’ouvrage, Kôgun l’armée de l’empereur.

Mieux encore, à l’imitation des pays colonisateurs, le Japon n’hésite pas à envahir la Chine (1) par deux fois, ainsi que la Corée. Si bien qu’elle se retrouve en opposition avec la Russie tsariste en Asie orientale. Elle sort vainqueure de sa guerre en 1905.

Tant et si bien que la création d’une armée moderne, pour sauver la nation de l’envahisseur occidental, devient le carcan auquel peu de japonais peuvent échapper. Jusqu’à la chute finale, ni l’armée ni la marine ne dévieront de leur obtuse abnégation.

Franck Michelin nous narre l’Histoire, mais aussi les histoires toujours d’un point de vue des hauts dignitaires du régime. Le niveau humain, celui des conscrits par exemple est très peu présent. Le récit est macroscopique et il révèle progressivement les enjeux auxquels est confronté le Japon.

L’auteur propose une histoire de l’armée impériale, à la croisée des dimensions militaire, politique, sociale, diplomatique et culturelle. Il montre que celle-ci n’est pas seulement une force combattante, mais aussi une institution de formation des élites et un acteur politique. Cela d’expliquer les conditions qui ont rendu certaines décisions possibles et irréversibles.

Le ton est didactique. L’auteur enseigne au Japon et parle sa langue. D’où les explications parfois complexes, mais toujours étayées par une documentation généreuse et parfois inédite en France.

L’accumulation de décisions et de rivalités des forces impériales suscite une émotion ambivalente, entre admiration pour la modernisation du pays et malaise face à la violence militaire. Elle interroge aussi sur les dangers d’une obéissance absolue.

L’auteur privilégie l’analyse des mécanismes de la violence au récit des combats.

Un ouvrage à choyer pour s’ouvrir à une connaissance fine du Japon au travers de la grandeur et de la déchéance de son armée.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/le-massacre-de-nankin-decembre-1937-mars-1938-de-kasahara-tokushi-parait-sort-en-librairie/

Kôgun, histoire de l’armée japonaise, 1853 – 1948 de Franck Michelin, 608 pages, 16,5 X 24 cm, 27 €, éd. Passés Composés. En librairie le 3 septembre 2026.

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