Underground de Suehiro Maruo paraît chez Casterman.

C’est Moebius qui fait connaître en France le mangaka Suehiro Maruo en 1991. Dans la revue (A suivre), il dédie un hors série à la « face cachée du rêve » et présente son homologue nippon comme « un alchimiste fiévreux, un accoucheur de visions romantiques et morbides, un épigone de Bataille et de Sade auquel le lecteur occidental n’est peut-être pas encore prêt »…

Trente ans plus tard, en 2021, les éditions Casterman font paraître Tomino la Maudite (1) qui s’inspire de l’univers du célèbre Freaks. Puis en 2023, 3 autres albums paraissent encore. L’île Panorama est une adaptation du roman éponyme d’Edogawa Ranpo, maître incontesté du roman policier fantastique. L’enfer en bouteille regroupe 4 nouvelles et Paraiso en regroupe 5 centrées sur des enfants qui subsistent seuls après la seconde guerre mondiale.

Avec le présent opus, Suehiro Maruo décrit le Tokyo Underground des années 60 en se centrant toujours sur la jeunesse démunie et ses aspirations. À Tokyo, les manifestations d’étudiants grondent des slogans révolutionnaires. Mizuki aspire à devenir mangaka tandis que Sachiko rêve d’être actrice. Ces 2 jeunes provinciaux se lancent dans la capitale prêts à tout pour vivre leurs aspirations d’artistes. La réalité est rugueuse et les fait plier tant ils se sentent incompris.

Suehiro Maruo semble ici régler ses comptes avec l’industrie du divertissement et l’art engagé de la contreculture. Le défilé d’une troupe « angura » (traduction d’« underground » en japonais) compte un véritable clochard dans ses rangs. Et c’est lui qui a la plus fière allure ! Sans parler des jugements tranchants et faux ! Le mangaka n’épargne personne.

Malgré le sujet, le style du maître de l’ ero guro, le courant érotico-grotesque au Japon, est bien reconnaissable avec son univers fantasmagorique. La religion catholique, les notions de paradis et d’enfer, les variations érotiques, tout est là. Le trait est à la fois sûr et délicat, précis jusque dans la noirceur, avec le personnage de Nagayama ou le yokai du « petit vieillard qui pleure ».

Finalement seule la jeune Teruyo Matsumoto a été à la hauteur de ses rêves. Il y a encore de l’espoir !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique : Tomino la Maudite de Suehiro Maruo volume 1 – ASIEXPO La Maison des Cultures Asiatiques

Underground de Suehiro Maruo, traduction : Miyako Slocombe, 15 X 21 cm, 208 p. Noir et blanc, cartonné, 22€, éd. Casterman. En librairie le 9 septembre 2026.

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